L'automne a mal débuté pour Claude Guéant, pris dans les bourrasques des "affaires": espionnage de journalistes, liens avec divers intermédiaires sur fond de financement occulte de campagnes électorales... Dernières attaques en date: celles de l'homme d'affaires franco- libanais Ziad Takieddine qui ne cesse de s'en prendre au ministre de l'intérieur. A travers lui, il reproche à la France d'avoir oublié son rôle dans plusieurs dossiers sensibles. Des récriminations formulées alors qu'il est mis en examen, soupçonné d'avoir alimenté les caisses des balladuriens à l'occasion de ventes d'armes au Pakistan et à l'Arabie saoudite en 1994.

Face aux allégations, Claude Guéant se dit "parfois blessé par la déformation de ses propos", "froissé par les amalgames et les contre-vérités". Même si l'absurdité de certaines accusations le fait sourire. Ainsi, quand un journaliste l'interroge sur son éventuelle intervention dans la cession de trois sous-marins au Pakistan en 1994, le ministre réplique: "J'étais alors directeur général de la police nationale. Les seuls "sous-marins" que je connaissais étaient les voitures de planque des policiers, qu'on surnommait ainsi..."

Claude Guéant ne conteste pas pour autant avoir été en contact à plusieurs reprises avec Ziad Takieddine. La première fois, d'après lui, c'était au début des années 2000, lors de la négociation d'un contrat mirobolant de 7 milliards d'euros concernant la surveillance des frontières du royaume saoudien. Nicolas Sarkozy, en arrivant au ministère de l'intérieur, avait relancé les pourparlers sur le sujet, ouverts une dizaine d'années plus tôt. "A l'époque, Ziad Takieddine intervenait en qualité de conseiller de la partie saoudienne", se souvient Claude Guéant, précisant qu'il s'agissait d'un marché d'Etat à Etat. "Nous étions tellement conscients du risque de commissions, poursuit-il, que nous avions exclu la possibilité de versements en France." Un contrat finalement bloqué par Jacques Chirac, alors président de la République.

Takieddine n'a "pas participé aux négociations"

En juillet 2007, Ziad Takieddine réapparaît lors de la libération des infirmières bulgares détenues en Libye. L'homme d'affaires affirme "avoir tout réglé de A à Z" dans ce dossier. Une version des faits contestée par Claude Guéant: "Takieddine m'a appelé à l'époque, affirmant disposer de contacts qui pouvaient permettre de libérer les infirmières. Il nous a livré des indications "de température", mais il n'a pas participé aux négociations, menées directement avec le Premier ministre Al-Bagdhadi et le colonel Kadhafi."

Peu après, ce même Takieddine intervient, selon ses dires, pour faciliter les relations entre la France et la Syrie. Fort de sa double nationalité française et libanaise, il nourrit des ambitions politiques au Liban. "Il nous a indiqué que la Syrie voulait "bouger", reconnaît le ministre. Mais, là encore, les négociations se sont déroulées au plus haut niveau de l'Etat et ont permis la reconnaissance diplomatique du Liban par la Syrie."

Côté français, ces avancées n'étaient pas dénuées d'arrière-pensées commerciales. Ainsi, Airbus était alors sur les rangs pour renouveler la flotte de la compagnie Syrian Airlines. Pour autant, Takieddine est-il intervenu? "Jamais nous n'avons utilisé d'intermédiaires pour vendre quoi que ce soit de l'industrie française", soutient Guéant. Quant à savoir si l'homme d'affaires franco-libanais a été rémunéré et par qui, "je ne peux et je ne veux pas le savoir", tranche le ministre.