Non, François Hollande ne répondra pas à la question sur le livre de Valérie Trierweiler. Pas directement en tout cas. Car, au fil de sa conférence de presse, le président de la République a glissé quelques mots qui relèvent bien du registre privé, voire de l'intime.
Peut-être pour démonter, par petites touches, l'image de l'homme froid et calculateur que son ancienne compagne a contribué à dessiner avec son brulôt. Pas pour se montrer jovial et léger: cet autoportrait aurait été incongru, compte tenu du contexte tendu. Mais plutôt pour se dépeindre en homme de "devoir" qui assume ses responsabilités, malgré les épreuves qui pleuvent sur lui.
>> Revivez la conférence de presse de François Hollande
>> Analyse: Lesté, François Hollande n'a pas pu prendre de hauteur
"Je me suis déjà exprimé sur cette question, j'ai déjà dit ce que j'avais pu ressentir", a répondu François Hollande à la journaliste indépendante qui a ouvert ce chapitre personnel. En effet, il l'a déjà fait à l'issue d'un sommet de l'Otan au Royaume-Uni et dans les colonnes du Nouvel Obs, revenant notamment sur l'expression "sans-dents", un "mensonge qui [le] blesse" car il remet "en cause l'engagement de toute [sa] vie". "Et ce qui me paraît essentiel, au-delà des sentiments, des épreuves, des douleurs, c'est le respect de la fonction présidentielle. Je pense que je ne donnerai pas d'autre réponse", a-t-il conclu ce jeudi soir.
"Des épreuves et des douleurs": il avait utilisé les mêmes mots pour évoquer sa vie privée, lors de sa troisième conférence de presse, le 14 janvier dernier. A l'époque, Closer venait de révéler sa liaison avec Julie Gayet et Valérie Trierweiler était hospitalisée. "Chacun dans sa vie personnelle peut traverser des épreuves. Ce sont des moments douloureux", avait-il admis, avant de fermer la porte à toute autre confidence de l'ordre de l'intime.
Dur, dur d'être président...
Mais ce jeudi, François Hollande est allé plus loin. "Je ne me mets pas à l'abri", a-t-il répété. Ni de façon concrète: il répondait à une question sur la pluie... Ni de façon abstraite: il n'est pas "à l'abri" des critiques au sein de la majorité, des sondages désastreux ou des appels à la démission venant de l'opposition.
"Quelquefois, on sert l'avenir plutôt que le présent. Quand je prends des décisions, je ne regarde pas les sondages mais les intérêts de la France." François Hollande, réformateur incompris par ses contemporains... et grand amateur d'anaphores, comme toujours. Celle du jour a donné le ton: "C'est pas facile !"
En fin de conférence de presse, grâce à une dernière question personnelle sur ce que la fonction lui a "appris sur lui-même", le président y a ajouté une variante: "C'est dur"... Et d'illustrer son propos: "C'est dur de me séparer de Jean-Marc Ayrault. Mais ce qui m'a paru le plus nécessaire, c'est d'être dur avec moi-même, parce que je l'ai été."
La fonction présidentielle est "exceptionnelle". Tous les anciens locataires de l'Elysée le disent, François Hollande ne fait pas exception. "Cela donne une expérience. Aujourd'hui, j'ai l'expérience qui permet d'affronter toutes les situations" mais "cela n'éteint pas les douleurs". Un homme dont l'armure a été fendue, un président qui tiendra son mandat "jusqu'au bout". Après les portraits moins flatteurs qui ont été faits de lui, voilà du moins l'autoportrait que François Hollande veut promouvoir, à mi-mandat.