2 décembre 2021. Éric Ciotti et Christian Jacob échangent, à quelques heures du résultat du premier tour de la primaire LR pour la présidentielle. Le candidat, auteur d'une campagne remarquée, croit plus que jamais en ses chances. "Ne te mets pas cela dans le crâne, tu seras déçu", lui rétorque le patron de LR, qui anticipe un duel Bertrand-Pécresse. Pari raté. Eric Ciotti sort en tête devant Valérie Pécresse. La suite des événements lui reste en travers de la gorge. Les cadres LR rallient sa concurrente, un front anti-Ciotti se dessine. Le député des Alpes-Maritimes ? Trop clivant, trop arc-bouté sur le créneau régalien. L'opération est un succès. Il enregistre moins de 40% des voix au second tour.

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Un an plus tard, une menace identique plane sur Éric Ciotti. Le candidat à la présidence de LR, qui fait sa rentrée ce samedi à Levens (Alpes-Maritimes) observe un nouveau front se constituer. Une majorité de cadres penche pour la candidature de Bruno Retailleau. Des élus redoutent une explosion du parti et un rétrécissement de la majorité sénatoriale en cas de victoire du Méditerranéen. Le patron des sénateurs LR assure s'être lancé en raison de ces craintes.

"Retailleau peut être un très bon candidat de second tour"

Fantasme ou réalité : qu'importe. Le Vendéen, idéologiquement proche d'Éric Ciotti, se pose en héraut du rassemblement. Certes, il n'est évidemment "candidat contre personne". Mais sa démarche est transparente : l'élu veut offrir un débouché politique aux adhérents hostiles à Éric Ciotti. "Retailleau peut être un très bon candidat de second tour, analyse un hiérarque LR. Après, tout dépendra du rapport de force au premier." "Éric Ciotti a un plafond de verre au second", veut croire un soutien du patron des sénateurs LR.

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Que pèse Éric Ciotti dans un scrutin interne ? Son score lors de la primaire LR suscite des interprétations diverses. Et jamais désintéressées. Analyse positive : malgré sa relative notoriété, le député a devancé d'anciens ministres au premier tour (25,59%) et a réussi à séduire 4 électeurs sur 10 au second. Une performance inattendue. Analyse critique : il n'a pas réussi à embarquer une majorité de militants, alors que sa ligne droitière leur correspondait. Son image clivante l'aurait privé de voix naturelles. "Il porte une ligne majoritaire chez les adhérents mais il n'incarne pas celui qui peut le mieux porter cette ligne majoritaire", admet un soutien du Sudiste.

Paradoxal Éric Ciotti. En privé, on loue un camarade sympathique et ouvert. Mais le personnage public crispe. Son identification aux thématiques régaliennes et sa guerre ouverte avec Christian Estrosi n'ont pas contribué à lui façonner l'image d'un rassembleur. "Il donne parfois le sentiment de manquer d'ouverture. Mais c'est une fausse perception", confie un soutien de Bruno Retailleau. A la tête du département des Alpes-Maritimes, il a dirigé des élus aux sensibilités diverses. Mais la vie politique est injuste : perception et réalité s'y confondent. L'homme n'a enfin pas occupé de fonctions ministérielles et demeure associé dans l'opinion à l'opposition. Une fonction tribunitienne qui peut raidir une image.

"Ce qui tue est la prudence et l'immobilisme"

L'intéressé ne compte toutefois pas dévier de ligne. Il le sait : son ton direct est en phase avec une majorité de militants. Celui qui rappelle son appartenance au RPR depuis ses 16 ans va arpenter les fédérations lors de la campagne. Et pas question de recentrer son discours. Le rassemblement se fera par la base. "Quand on fait moins de 5% à la présidentielle, ce qui tue est la prudence et l'immobilisme. Pour se sauver, il faut prendre des risques et aller sur des chemins inédits de réforme", assure-t-il.

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Le favori va axer sa campagne sur deux piliers : un régalien "fort" et un libéralisme économique assumé. Avec pour horizon une nette diminution des impôts. En privé, Éric Ciotti attribue son succès lors du dernier Congrès à ses propositions économiques, comme la suppression des droits de succession et le remplacement de l'impôt sur le revenu par une flat tax de 15%. Les craintes exprimées par les centristes sur sa victoire ne l'inquiètent guère : "Je suis de droite et je ne m'en excuserai pas", assurait-il lundi sur RTL, regrettant l'édulcoration du discours de droite sous la pression de ses alliés.

L'arme Wauquiez

Le souvenir de 2021 n'effraie pas Eric Ciotti. "Le Tout sauf Ciotti fut un échec total pour les militants", analysait-il samedi lors de la rentrée des Jeunes LR, à Angers. L'impétrant, qui a gagné en notoriété nationale, jure être davantage soutenu que lors du précédent scrutin. Son argument massue : les "moteurs de vote" ne seront pas les mêmes que lors de la primaire. On ne désignera pas ici un futur président de la République, mais un président de parti. "Certains adhérents pouvaient ne pas l'imaginer chef de l'Etat mais le souhaitent comme dirigeant de LR", juge le sénateur des Alpes-Maritimes Philippe Tabarot.

Éric Ciotti a un dernier atout dans sa manche : Laurent Wauquiez. Le député se pose en homme lige de l'ancien ministre et le décrit en candidat naturel de la droite en 2017. Le message est simple. Voter Ciotti, c'est voter Wauquiez. Habile, tant le président d'Auvergne-Rhône-Alpes fait consensus chez les adhérents. Un cadre LR analyse : "Il veut faire de cette élection un référendum pro ou anti Wauquiez. Retailleau sera surtout poussé par ceux qui ne veulent pas son retour." Pour briser un plafond, une aide extérieure est toujours utile.