Elle est la première femme à occuper le fauteuil de maire de Marseille. Inconnue avant la campagne et quasi novice en politique, Michèle Ribola, 63 ans, a fait basculer Marseille à gauche. Médecin dans les quartiers populaires et désormais à la tête de la deuxième ville de France, elle a multiplié les combats, de l'écologie à l'accès au logement dans une ville marquée par de fortes inégalités.

"Je ne me suis pas levée un matin en me disant 'Je veux être maire de Marseille'", confiait pendant la campagne l'élue écologiste aux yeux entourés de khôl, désignée après moult atermoiements tête de liste du Printemps marseillais. Cette liste d'union de la gauche, rassemblant notamment le Parti socialiste, le Parti communiste, des Insoumis puis les écologistes d'Europe écologie-les Verts au deuxième tour, a réussi le tour de force de mettre fin à un quart de siècle de règne de la droite dans la deuxième ville de France.

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Mais la tâche a été dure, entre une campagne à rallonge, et une victoire en voix, dans un second tour marqué par une abstention record; en trompe-l'oeil, qui a nécessité des heures et des heures de négociations jusqu'au tout dernier moment pour arracher le soutien indispensable de la sénatrice ex-PS Samia Ghali au conseil municipal. Sur l'ensemble de la cité méditerranéenne, où le scrutin a lieu par secteur, Michèle Rubirola, qualifiée de candidate de "l'ultra-gauche" par sa rivale des Républicains Martine Vassal, avait pourtant largement devancé la "dauphine" du sortant Jean-Claude Gaudin, avec 38,3% des suffrages exprimés, contre 30,8%.

Rien n'était joué pour la candidate discrète et peu à l'aise à l'oral quand la campagne a débuté. Avant le second tour, elle a dû mener campagne durant ses jours de congés et de RTT, continuant son métier de médecin en pleine crise du Covid-19. Petite-fille d'immigrés napolitains et espagnols, cette Marseillaise qui a grandi et vit toujours dans un quartier où se mélangent les classes sociales, au Rouet, adhère dans les années 1970 aux combats des mouvements altermondialistes et écologistes.

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Féministe, antimilitariste, elle rejoint le plateau du Larzac et se bat pour la libéralisation de l'avortement et la contraception, manifeste au site nucléaire de Creys-Malville et rejoint en 2002 les Verts.

Basketteuse et footballeuse

"La lutte sociale et environnementale" a toujours été mon engagement, a expliqué à l'AFP celle qui était jusqu'aujourd'hui responsable d'un programme d'éducation thérapeutique pour des malades chroniques pour la plupart en situation de vulnérabilité sociale, au centre de prévention de la caisse primaire d'Assurance maladie dans les quartiers paupérisés du nord de Marseille. Localement, la conseillère départementale élue depuis 2015 se bat contre la construction d'un parking sous un parc de la ville et l'abattage d'arbres. Elle rejoint l'association "Habitat alternatif social" qui s'active pour trouver des logements notamment aux personnes exclues, séropositives ou encore atteintes de maladies mentales. Elle préside également "Europe Social Projet Recherche Innovation", une association qui travaille avec les personnes vivant dans la rue.

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L'élue qui pendant ses 15 années comme médecin de famille dans les quartiers populaires soignait une patientèle plutôt jeune, ouvre aussi un point d'écoute pour les adolescents, un sujet que celle qui fut déléguée à la santé et à la jeunesse lors de son mandat d'adjointe à mairie dans le 2e secteur connaît bien. A 17 ans, la jeune femme quitte le foyer familial, écrasée par un père communiste au "caractère méditerranéen". Quand elle est enfant, il la fait jouer sur ses genoux à un jeu de mémoire avec des images de Mao, Lénine ou encore Trotski.

"J'ai grandi dans l'idée d'une égalité sociale entre les peuples", explique Michèle Rubirola qui dans son enfance se rêvait médecin bénévole en Afrique. Sportive, elle intègre la première équipe mixte de l'Olympique de Marseille, qu'elle doit finalement quitter en raison de son trop jeune âge, et est une basketteuse accomplie.

Sortir Marseille du "gaudinisme"

Son but désormais, est de "sortir Marseille du gaudinisme", du nom de l'ancien maire de droite Jean-Claude Gaudin qui occupait l'Hôtel de Ville depuis 1995. D'autant que sa victoire au second tour a suscité un véritable engouement. Elle est soutenue par des personnalités aussi différentes que Jean-Luc Mélenchon, Christiane Taubira ou Yannick Jadot.

"Après l'effondrement des immeubles de Noailles, les gens d'un coup se sont rendu compte de ce qu'ils risquaient. Huit morts à Marseille ce n'est pas possible, dans la 2e ville de France ! C'est dû à l'abandon d'une partie de la population, avoir laissé ces immeubles se dégrader...sans oublier les écoles marseillaises...", regrette-t-elle dans les colonnes de 20 Minutes.

"C'est quand même pas possible de continuer comme ça, de laisser nos petits Marseillais en danger, avec des plafonds qui s'effondrent, de l'amiante, des punaises de lits partout... ce n'est pas possible", ajoute-t-elle.