La nouvelle ministre de l'Environnement Barbara Pompili a indiqué samedi vouloir faire des maires écologistes élus à la tête de plusieurs métropoles françaises "des partenaires" du gouvernement. Il n'est pas certain que la réciproque soit vraie, tant le centre de gravité des nouveaux édiles EELV, qui ont pris leurs fonctions depuis quelques jours à peine, semble déjà éloigné de celui de l'exécutif.

LIRE AUSSI >> Anne Rosencher : Les métropoles hissent le pont-levis

Tour d'horizon des mesures qu'ils ont annoncées à l'issue de municipales sans précédent, qui ont vu Lyon (et sa métropole), Bordeaux, Strasbourg et Marseille basculer en vert, et de plus petites villes comme Besançon, Tours et Poitiers. Sans oublier Grenoble qui a réélu Eric Piolle à sa tête.

Genre

Le maire de Grenoble justement a lancé sur Twitter une idée qui a particulièrement fait réagir sur les réseaux sociaux : "Les cours d'école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution : débitumiser, dégenrer, végétaliser et potagiser !" Objectif : lutter contre des cours d'écoles qui perpétueraient les stéréotypes de genre.

Cette question du genre dépasse le périmètre du préau de l'école chez les nouveaux édiles EELV. Exemple à Lyon, où le nouveau maire, Grégory Doucet, a promis le "respect de la parité tant pour les adjoint·e·s que pour les directeur·trice·s généraux·ales adjoint·es et les chef·fes de service". L'usage de l'écriture inclusive fait partie du tableau, le programme d'EELV promettant aussi "l'utilisation d'un langage neutre par l'administration". Dans la ville rhodanienne, le nouvel édile souhaite aussi que "chaque nouvelle voie lyonnaise soit baptisée du nom d'une femme", car "seules 2% des rues portent des noms de femmes".

Logement

Ces nouveaux maires écologistes ont souvent fait campagne sur une franche opposition aux projets de construction immobilière, au nom de la défense de l'environnement. A Bordeaux, le nouveau locataire de l'Hôtel de Ville Pierre Hurmic promet ainsi de "geler les programmes immobiliers" pour lutter contre la "bétonisation" supposée de la ville.

De telles décisions interviendraient alors que le besoin de logements est pressant dans plusieurs grandes villes gagnées par les écologistes, comme en témoigne une hausse marquée des prix ces dernières années à Bordeaux et, plus récemment, à Lyon. A Grenoble, depuis l'arrivée au pouvoir d'Eric Piolle en 2014, le nombre de permis de construire des logements y a chuté de près de 40%. Sur la même période, il a aussi décliné en France mais de manière bien moins marquée. Certains nouveaux maires verts ont un discours plus nuancé. Celui de Lyon, Grégory Doucet, veut limiter les immeubles de bureaux dans le quartier d'affaires de la Part-Dieu, mais au profit de nouveaux logements.

Transports

A propos de la ligne de train Lyon-Turin, Grégory Doucet, nouveau maire de la capitale des Gaules, dans une interview au quotidien La Stampa la semaine passée, parlait d'une "oeuvre erronée qu'il faut arrêter". S'il n'en a pas le pouvoir (la réalisation et le financement relèvent des Etats italiens et français, et de l'UE), cette position résume l'idée des édiles verts : moins de vitesse, plus de proximité.

Ainsi, dans une logique décroissante, les édiles écologistes ne sont pas les meilleurs amis de la voiture. Toujours à Lyon, Grégory Doucet souhaite une ville "100% cyclable" et "100% marchable", comme ses homologues EELV dans les autres villes conquises. Plus loin dans la logique, l'édile bordelais Pierre Hurmic souhaite à terme "l'interdiction" de la voiture dans la cité atlantique : "On va y aller calmement", promet-il, indiquant vouloir passer "tout le secteur intra-boulevard en zone 20" et "dégoûter progressivement l'automobiliste d'emprunter ces chaussées" où "le piéton et les cyclistes sont prioritaires".

5G

C'est l'un des sujets chers aux Verts. Pierre Hurmic, à Bordeaux, a ainsi réclamé le 29 juin un débat sur "les dangers de la 5G", pour mieux informer les citoyens, tandis que son homologue de Tours, Emmanuel Denis, est un ancien membre de l'association Robin des Toits, hostile aux antennes relais. Anne Vignot, élue à Besançon, a aussi pourfendu les "problèmes de santé publique" posés par l'arrivée de la 5G. Plus provocateur, Eric Piolle a jugé que "la moitié des 4% des émissions de gaz à effet de serre émis par le numérique c'est le streaming et un quart des vidéos regardées sont du porno". Résumé selon le maire de Grenoble : "La 5G permet de regarder des films pornos en HD dans l'ascenseur."

Sur cette question, du point de vue juridique, la marge de manoeuvre des maires écolos est néanmoins nulle. Selon une décision du Conseil d'Etat en 2011, rapportée par BFMTV, "le maire ne saurait adopter, sur le territoire de sa commune, une réglementation relative à l'implantation des antennes relais de téléphonie mobile et destinée à protéger le public contre les effets des ondes émises par ces antennes, sans porter atteinte aux pouvoirs de police spéciale conférés aux autorités de l'Etat".