Boulevard Saint-Germain, le grand ménage n'a finalement pas eu lieu. Sauf à sa tête. Emmanuelle Wargon et Jean-Baptiste Djebbari, respectivement au Logement et aux Transports, sont restés, mais ont désormais une nouvelle ministre de tutelle : Barbara Pompili. Pour amorcer son "nouveau chemin" fortement teinté de vert, et appliquer les propositions émises par la Convention citoyenne pour le Climat, c'est donc vers une écologiste pur jus, qui a adhéré aux Verts en 2000, qu'Emmanuel Macron s'est tourné.

Une ministre trois en un. Moins "hyper médiatique" que Nicolas Hulot. Moins "hyper politique" que François de Rugy, avec lequel elle co-présidait le groupe écologiste à l'Assemblée nationale entre 2012 et 2016. Moins "hyper techno" que sa prédécesseuse Élisabeth Borne, passée ce lundi soir au ministère du Travail. Mais Pompili est tout à la fois : habituée des plateaux télévisés et rude dans la joute verbale ; connue des Français (en tout cas, bien davantage que certains de ses collègues...), connaisseuse des dossiers techniques et complexes ; et enfin expérimentée, avec son passage d'un an au ministère à la toute fin du mandat de François Hollande en tant que secrétaire d'État à la Biodiversité.

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Mieux, le chef de l'État envoie également un signe à sa majorité à l'Assemblée, plus divisée et bouillante que jamais, qui attendait de pied ferme que plusieurs de ses députés entrent au gouvernement. Et, qui plus est, une représentante de l'aile-gauche écolo, pas toujours en phase avec les choix et les orientations pris ces trois dernières années au Château.

"Des milliards d'années qu'on ne m'a pas demandé mon avis sur des choses importantes"

En nommant Barbara Pompili à la tête de ce grand ministère de la Transition écologique, thème qu'il a érigé en pilier de sa politique pour les deux années de mandat qui lui restent, Emmanuel Macron n'installe pas au ministère une béni-oui-oui du macronisme. Loin de là. Ces derniers temps, la présidente de la commission du Développement durable et de l'Aménagement du territoire de l'Assemblée nationale montrait même quelques signes d'usure. Au début de l'année, bien avant la crise de la Covid-19, elle se sentait un brin sous-utilisée, malgré sa fonction au Palais Bourbon et son expertise sur l'environnement : "Je ne sais pas depuis combien de milliards d'années on ne m'a pas demandé mon avis sur des choses importantes...", se lamentait-elle.

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Plus encore que sa personne, c'est avant tout au sujet de la stratégie du mouvement présidentiel et de sa colonne vertébrale idéologique qu'elle s'interrogeait. Certes, les bisbilles municipales à Amiens, ville dans laquelle elle était candidate contre le champion UDI soutenu par La République en Marche, n'arrangeaient rien à l'affaire. Mais, au-delà, elle était chagrinée que LREM ait "déçu en se déportant à droite", n'ait pas "réussi à exploser les fonctionnements d'antan". Surtout, elle regrettait le manque de cohérence politique du "nouveau monde", soulignant même la dangerosité, pour la démocratie, d'une matrice attrape-tout qui considère pouvoir englober tout ce qui n'est pas "de l'ordre des extrêmes" : "La montée des violences que l'on connaît aujourd'hui contre les politiques, dans la rue, c'est peut-être, aussi, une conséquence de ça", se questionnait-elle.

"Je fais partie de ceux dont ils ont compris qu'ils pourront tirer le meilleur s'ils ne m'emmerdent pas"

En politique aguerrie - elle était déjà conseillère presse de Noël Mamère lors de la campagne présidentielle de 2002 -, Barbara Pompili a su, discrètement, faire passer ses messages. Voire... ses menaces. Quelques mois avant la création du neuvième groupe à tendance écolo à l'Assemblée, présidé par le lieutenant hulotiste Matthieu Orphelin et dont elle ne fait pas partie, l'ex-membre d'EELV se donnait jusqu'aux municipales pour déterminer si elle quittait, ou non, le giron LREM. "Je veux faire pression pour que les choses évoluent et j'ai dit à certains cadres que je ne me sentais pas assez utile vis-à-vis des sujets environnementaux, confiait-elle. Est-ce que c'est en restant ou en créant un groupe ? Ce qui est sûr, c'est que si je pars, je ne pars pas toute seule. Ils sont 40 à pouvoir me suivre..."

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En petit comité, la future ministre de la Transition écologique, presque un pied dedans un pied dehors, s'amusait à résumer son pouvoir de nuisance potentiel : "Je fais partie de ceux dont ils ont compris qu'ils pourront tirer le meilleur s'ils ne m'emmerdent pas."

Mieux, elle a depuis été promue. Et quelle promotion ! La nouvelle numéro trois du gouvernement a, plus que jamais, les deux pieds dedans. Et pour celle qui estimait il n'y a pas si longtemps que "le ministère de l'Environnement est écrasé par Bercy et la haute administration", ce sont peut-être dès demain que les vraies "emmerdes" commenceront.