De ses bureaux de la rue de Rivoli, François Hollande écrit. Beaucoup. Il a commencé par tirer Les leçons du pouvoir, un an à peine après avoir quitté l'Elysée. Une façon pour lui de regarder une dernière fois dans le rétroviseur et de tenter de défendre un bilan si souvent contesté au sein de son propre camp. Il change désormais de braquet et, loin d'une actualité politique qu'il scrute toujours avec autant d'attention, tente de prendre un peu de hauteur pour s'ériger en homme d'idées et de propositions, fort d'une expérience peu commune: président de la République.
Dans un livre-entretien à paraître mercredi, Répondre à la crise démocratique (Fayard), Hollande s'attelle à un vaste dossier: la refonte des institutions, qu'il n'estime plus adaptées aux enjeux du moment. La Ve République, si longtemps louée pour sa stabilité, n'offre plus les mêmes garanties, selon lui. "Les grands partis ont perdu de leur autorité et de leur influence, déplore-t-il. Pour résoudre la crise de la démocratie, il ne suffit pas de détruire ce qui existe. En Marche pour l'instant n'a pas été capable de se doter d'une véritable organisation avec une doctrine propre. Il n'y a pas de démocratie sans idéologies contradictoires et sans forces capables de rassembler largement".
Disparition du Premier ministre
Pour répondre au déclin des appareils politiques, à la perte de légitimité des élus, à cette incapacité ressentie par le citoyen de trouver sa place dans le jeu politique, François Hollande plaide pour une refonte choc de nos institutions. Il se refuse de parler de VIe République, mais comment la présenter autrement? Au menu: l'instauration d'un régime présidentiel, la suppression du poste de Premier ministre et le renforcement des pouvoirs du Parlement.
Balayée, aussi, la formule du quinquennat couplée à des élections législatives concomitantes. Dans un tel contexte, les législatives ne servent plus qu'à valider le résultat de la présidentielle, et les partis se retrouvent désoeuvrés. "Aujourd'hui les responsables politiques les plus éminents veulent s'émanciper de leurs propres partis, note Hollande. Mais alors que reste-t-il aux grandes formations politiques? Pourquoi faire des propositions, alors qu'il suffit d'attendre qu'un candidat émerge?"
Dans la république Hollandaise, le chef de l'Etat est élu pour six ans. Les parlementaires pour quatre. Le président n'a plus le droit de dissoudre l'Assemblée et devient formellement le seul patron de l'administration et de son équipe gouvernementale. Un éclaircissement d'autant plus légitime selon lui que le Premier ministre aurait perdu depuis bien longtemps son rôle de fusible.
Le gouvernement à la sauce hollandaise ne serait par ailleurs plus responsable devant l'Assemblée nationale. Les cohabitations de 1986, 1993 et 1997 ne seraient, de fait, plus possibles. Si la majorité perd les législatives, le gouvernement reste en place mais doit composer avec des parlementaires d'un autre bord politique. Une manière de contraindre le gouvernement et le Parlement à travailler en collaboration, avec la quête de ce compromis si cher à François Hollande.
"Soit les députés se soumettent, soit ils frondent!"
Un travail en bonne intelligence avec le Parlement, voilà un rêve que l'ancien président aurait sans doute voulu voir exaucé durant son quinquennat. Renforcer le pouvoir législatif permettrait selon lui d'éviter les déboires passés. "Avec le quinquennat, la majorité à l'Assemblée nationale est directement liée au Président. Soit les députés se soumettent, soit ils frondent! J'ai bien connu ça..."
Avec sa nouvelle formule, Hollande revient sur certaines de ses positions passées. Il propose la suppression pure et simple du fameux article 49.3, qui permet de faire adopter des textes de loi sans passer par le vote du Parlement. Cet article "n'a plus lieu d'être", dans le régime présidentiel, assume Hollande. "L'exécutif ne peut donc plus faire pression sur le Parlement: il doit désormais composer avec lui", écrit-il dans son ouvrage.
L'ancien chef de l'Etat n'avait pourtant pas hésité à user en son temps de cet outil quelque peu radical pour faire adopter la loi Macron et la loi Travail. Alors qu'Emmanuel Macron dit encore aujourd'hui avoir été victime d'un coup bas porté par son ancien patron, en le privant de la possibilité d'obtenir le vote des textes, Hollande estime, lui, que la majorité n'était en rien garantie et que le recours au 49.3 était indispensable, pour faire passer ces deux textes jugés sensibles. "Rien dans ces lois ne justifiait une telle suspicion, résume-t-il encore aujourd'hui. Qui voudrait revenir aujourd'hui sur le travail du dimanche après accord des syndicats majoritaires et sur le fait que des salariés puissent gagner deux voire trois fois plus en travaillant ce jour-là? Ou pour la loi El Khomri que l'on discute du temps de travail au niveau de l'entreprise et non au niveau de la branche ?"
"La primaire divise plus qu'elle ne rassemble"
Autre revirement de pensée: l'introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives. Cette réforme, aujourd'hui défendue par Macron, figurait dans ses promesses de campagne de 2012. Hollande assume. "L'argument consistant à dire qu'une part de l'opinion n'est pas représentée', avait sa valeur à l'époque. Mais il n'a plus lieu d'être. Aujourd'hui, l'extrême gauche comme l'extrême droite ont des députés." Hollande entend préserver le scrutin majoritaire à deux tours pour garantir la stabilité du Parlement. Et s'oppose fermement à une autre proposition de son successeur: la baisse du nombre de parlementaires. "En réduisant le nombre de parlementaires, qui n'en a jamais assez, au lieu de rassasier on entretient l'appétit."
Reste à connaître le mode de désignation des candidats à la présidentielle. Il en a bénéficié en 2011, mais n'en veut plus: François Hollande ne croit plus au principe des primaires. "Une primaire divise plus qu'elle ne rassemble. C'est ce qui s'est produit en 2017". Lui se dit que si elles avaient été mises en oeuvre en 1981, Rocard aurait peut-être pu se présenter au détriment de Mitterrand. A l'inverse, il estime qu'Alain Juppé à droite et Manuel Valls à gauche représentaient peut-être davantage leurs électorats respectifs que leurs adversaires finalement désignés par les primaires citoyennes LR et PS: François Fillon et Benoît Hamon. François Hollande avait alors déjà décidé de ne pas briguer sa propre succession. Un renoncement dont rien ne dit qu'il aurait pu être évité par une autre forme de régime institutionnel.
