LR respire... et se prépare à un nouveau casse-tête. La droite a conservé dimanche les sept régions qu'elle dirige depuis 2015. Après le psychodrame en Paca et la crainte d'alliances avec la majorité présidentielle, c'est un soulagement notable. LR conserve son ancrage local et son autonomie politique envers LREM. Indispensable en vue de la présidentielle.

LIRE AUSSI : Requinqué par les régionales, Wauquiez avance à pas de loup vers la présidentielle

Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, Valérie Pécresse en Île-de-France et Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes : les prétendants de la droite à l'Elysée ont été nettement réélus. Tous ont évoqué les futures échéances nationales dans leurs discours de victoire. Ces ambitions réveillent le débat sur le mode de désignation du candidat LR à l'élection présidentielle. A droite, chacun a sa petite idée sur la question. Vice-présidente de LR, l'eurodéputée Agnès Evren espère qu'un consensus émerge autour du futur candidat de la droite à l'élection présidentielle. Elle est opposée à toute primaire.

L'Express : Le président de LR Christian Jacob qualifie son parti de "seule force d'alternance" après le succès de la droite aux régionales. L'abstention était toutefois très élevée, LR n'a fait que conserver des régions qu'il détenait... Cette victoire n'est-elle pas en trompe-l'oeil ?

Agnès Evren : Nous avons gagné dans plus de la moitié des régions, la victoire est incontestable. La poussée de l'abstention est un vrai sujet de préoccupation, mais elle n'est pas nouvelle : elle avait atteint un record aux élections législatives (57%) puis aux municipales (58%). Personne n'avait contesté le résultat et la légitimité des députés et des maires élus ! Surtout, le paysage politique s'est éclairci à l'issue des élections régionales : nous sommes la seule force d'alternance crédible au pouvoir macroniste. La gauche est faible et morcelée, l'extrême droite est une impasse.

LIRE AUSSI : Régionales : Bertrand, Pécresse, Wauquiez réélus, qui part en pole position pour 2022 ?

La droite était en convalescence depuis l'échec de 2017 mais elle est devenue, en 18 mois, la première force politique aux municipales, sénatoriales, régionales et départementales. Nous avons également remporté les législatives partielles. Nous gagnons les élections intermédiaires en raison de notre ancrage territorial, à l'inverse de LREM, qui en est dépourvue. Ce travail quotidien de terrain a été récompensé dimanche. Il faut remercier Christian Jacob pour ce résultat. Il a toujours réussi à maintenir la cohésion de notre famille, même quand cela tanguait. Ça a été compliqué quand certains tiraient le chariot d'un côté ou de l'autre, un peu plus à droite ou un peu plus au centre. Mais nous sommes restés fidèles à nos valeurs et à nos convictions.

Un succès local préfigure-t-il forcément d'un rebond à la présidentielle ? Bruno Retailleau a mis en garde lundi contre cette association automatique...

Bien sûr, il faut avoir beaucoup d'humilité. Mais clairement, ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron n'ont réussi à dépecer la droite. C'était pourtant leur objectif. Nombre d'observateurs de la vie politique ont été démentis dimanche. Il faut arrêter de nous vendre une présidentielle jouée d'avance avec un duel Macron-Le Pen et Mélenchon en trouble-fête. Les trois perdants des régionales, ce sont eux. A l'inverse, la droite est bien vivante, comme l'ont montré les performances de Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Christelle Morançais...

LR salue une "humiliation pour La République en marche". Mais ne faut-il pas distinguer le sort de LREM de celui d'Emmanuel Macron ? Sa cote de confiance atteint 50% selon un sondage Harris Interactive...

On ne peut pas décorréler les deux. En Ile-de-France, on pouvait lire sur les affiches du candidat LREM Laurent Saint-Martin : "Voter pour Laurent Saint-Martin, c'est soutenir Emmanuel Macron." Or, ce dernier n'a pas dépassé la barre des 10% au second tour. Quel désaveu cinglant pour le président de la République ! Les électeurs ont sanctionné le "en même temps", qui crée de la confusion et mène à l'immobilisme. La défaite de LREM, c'est la défaite d'Emmanuel Macron.

LIRE AUSSI : "Attention à ne pas faire du Wauquiez" : Xavier Bertrand peut-il vraiment unir la droite ?

C'est un président jupitérien, dont la gouvernance a conduit à une hypercentralisation. Cela explique une partie de l'abstention, car il donne le sentiment de décider de tout, comme lors de la crise sanitaire. En outre, sa stratégie politique visant à liquider la droite a échoué. Quand il envoie des ministres dans les Hauts-de-France au nom de la lutte contre le RN, c'est évidemment pour déstabiliser Xavier Bertrand. Les Français ont sanctionné cette stratégie machiavélique de sous-préfecture.

La défaite de LREM, c'est la défaite d'Emmanuel Macron

Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand ont tous les trois fait allusion à l'élection présidentielle dans leurs discours de victoire. Craignez-vous que s'ouvre une guerre des ego ?

On foisonne de candidats, cela montre que la droite est forte. Soyons lucides. Pour l'instant, aucun leader n'a émergé et ne s'est imposé naturellement. La réussite des trois n'apporte pas une réponse définitive. On n'a plus en rayon un Sarkozy, Chirac ou Fillon. En revanche, nous avons de quoi constituer une très belle équipe. Bertrand, Pécresse, Baroin, Dati, Wauquiez, Barnier, ... Tout cela, ces personnalités complémentaires, c'est très séduisant pour notre électorat !

J'ose espérer que ces leaders auront l'intelligence collective de se parler. Car les divisions restent le talon d'Achille de la droite. C'est pourquoi je suis opposée aux primaires, car elles instillent le poison de la division entre des candidats aux faibles divergences idéologiques. La primaire, c'est la machine à perdre pour la droite. Il faut que ces personnalités s'entendent, se rassemblent et s'accordent sur celui ou celle qui représentera la droite en 2022.

La primaire, c'est la machine à perdre pour la droite

LR peut donc échapper à une "méthode de départage"...

Jean Leonetti a commencé à travailler sur une "méthode de départage", qui pourrait être mise en oeuvre si les sondages commandés par le parti ne permettent pas de faire émerger un "candidat naturel". Mais je souhaite qu'un consensus émerge entre nos candidats potentiels sur la base de ces enquêtes d'opinion. On éviterait ainsi la phase 2 et l'organisation d'un "départage" de type primaire. Cela a plombé tous les partis et a réduit le PS à un 6% médiocre en 2017. Une primaire, ouverte ou fermé, nous recentrerait trop sur notre électorat fidèle. Il faut rassembler et développer une offre une politique claire.

Xavier Bertrand refuse toute "méthode de départage". Comment résoudre cette équation, alors que deux candidatures de droite seraient vouées à l'échec ?

Cela sera le travail de Jean Leonetti. Xavier Bertrand a réalisé un exploit dans les Hauts-de-France, mais il n'est pas le seul. J'ai espoir qu'il se range à notre processus interne. Je pense qu'il jouera le jeu et sera collectif, car c'est l'intérêt de la droite en 2022.

La direction de LR compte désigner son candidat en novembre. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont déjà en campagne. Ce calendrier n'est-il pas trop tardif ?

La politique, c'est de l'incarnation. Si on peut anticiper et avoir un candidat un peu plus tôt à la rentrée, c'est idéal. Mais il ne faut pas céder à la pression, il faut garder la tête froide. Les choses se déroulent bien pour la droite, tout va commencer à se décanter cet été. Je compte sur des discussions constructives entre les leaders de droite. Les choses sérieuses commencent maintenant.

Vous êtes proche de François Baroin. Espérez-vous toujours sa candidature ?

Il est à mes yeux le candidat qui peut faire la synthèse entre les différentes familles de la droite. Il est resté fidèle à notre famille et à nos candidats. Président de l'Association des maires de France, ancien ministre du Budget... Il aurait l'expérience nécessaire pour nous représenter. Il n'a pas complètement fermé la porte mais n'a pas dit "oui" non plus. Mais c'est à lui de dévoiler ses intentions à la rentrée. Dans tous les cas, je soutiendrai le candidat choisi par ma famille politique.