Les Etats-Unis et l'Iran se renvoient la balle sur un dossier concernant un échange de prisonniers. Celui-ci pourrait servir de levier de négociations dans le cadre de l'accord sur le nucléaire iranien de 2015, abîmé par le retrait du prédécesseur de Joe Biden à la Maison Blanche, Donald Trump.

Les faits. Les autorités américaines ont réfuté ce dimanche les informations relayées par des médias iraniens selon lesquelles un accord aurait été trouvé entre Washington et Téhéran pour un échange de prisonniers dans le cadre des négociations en vue de sauver l'accord sur le nucléaire iranien. "Malheureusement, ces informations sont fausses. Il n'y a pas d'accord concernant la libération de ces quatre Américains", a démenti Ron Klain, le chef de cabinet de Joe Biden, sur la chaîne CBS.

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"Nous travaillons avec acharnement pour ramener ces Américains à la maison. Quand nous y parviendrons, nous serons évidemment enchantés d'annoncer la nouvelle", a poursuivi Ron Klain. Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a pris la parole dimanche lors d'un discours mais n'a pas mentionné d'échange de prisonniers.

Qui sont les personnes concernées ?

Une source officielle, citée par une télévision d'Etat iranienne, avait auparavant affirmé que "sous pression du Congrès (...) et face au besoin immédiat de résultats dans le dossier iranien, les Américains ont accepté de payer 7 milliards de dollars et de libérer quatre Iraniens (...) en échange de quatre espions américains".

Mais aucun nom n'a fuité. Et sont-ils vraiment "espions" ? L'Iran retient au total plus d'une douzaine de détenteurs de passeports occidentaux, pour la plupart des binationaux, ce que des ONG condamnent comme une politique de prise d'otages destinée à obtenir des concessions des puissances étrangères. Plusieurs d'entre eux sont Américains, comme l'homme d'affaires irano-américain Siamak Namazi, détenu depuis octobre 2015, mais aussi son père Mohammad Baquer Namazi. Morad Tahbaz, un Irano-Américain également de nationalité britannique, avait été arrêté aux côtés d'autres écologistes en janvier 2018 et condamné à 10 ans pour "conspiration avec l'Amérique". Deux autres Américains purgent actuellement des peines de prison pour "espionnage", en Iran : Karan Vafadari et l'investisseur irano-américain Emad Sharq.

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Dans le même temps, ce dimanche, le ministère britannique des Affaires étrangères a lui aussi contredit des informations de la télévision iranienne sur un accord à propos de la libération de l'Irano-Britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, récemment condamnée à une nouvelle peine de prison en Iran pour "propagande". Mais "les discussions légales se poursuivent", selon cette même source. L'objectif ne serait cette fois pas le même. Un deal à hauteur de 400 millions de livres sterling serait sur la table selon la presse iranienne, un montant correspondant en fait à une vieille dette britannique relative à un contrat d'armement.

Le contexte

Les négociateurs sur le dossier du nucléaire iranien avaient dressé un bilan d'étape mitigé samedi à Vienne, à l'issue d'un 3e round de pourparlers pour sauver l'accord de 2015, et avaient appelé à aller plus vite, dans l'espoir d'aboutir d'ici "trois semaines" selon la partie russe. Le processus a démarré début avril et les protagonistes rappellent régulièrement que la tâche est "compliquée" et les obstacles nombreux.

Le JCPOA, acronyme anglais qui désigne communément l'accord international sur le nucléaire iranien, est censé empêcher la République islamique de se doter de l'arme atomique, mais il est moribond depuis le retrait des Etats-Unis de Donald Trump en 2018 et le retour dans la foulée des sanctions américaines à l'encontre de Téhéran.

A la mi-avril Téhéran avait également annoncé son intention de "commencer à enrichir l'uranium à 60%", niveau qui le rapprocherait d'une capacité d'utilisation militaire. Mardi, Téhéran s'était montré très clair sur sa volonté de faire "libérer tous ceux détenus injustement dans des prisons américaines à cause des sanctions".