Il y a quarante ans, les otages américains en Iran étaient libérés après plus d'une année de détention. Beaucoup d'eau a, depuis, coulé sous les ponts et, à cet acte fondateur de la révolution islamique, se sont ajoutés de nombreux sujets de contentieux avec Washington, au premier rang desquels les attaques terroristes et les agressions menées contre les Etats-Unis et leurs alliés dans la région. S'y est aussi annexée la question du nucléaire, depuis la découverte de l'ampleur du programme clandestin de l'Iran, à l'orée des années 2000.
L'accord de Vienne, signé en 2015, dont les Etats-Unis se sont retirés sous la présidence de Donald Trump, avait pour but de gagner du temps. Il visait à ralentir et à encadrer l'activité nucléaire iranienne en échange d'une levée des sanctions. Mais, malgré le départ de M. Trump, on ne reviendra pas six ans en arrière. Car, depuis, le programme de l'Iran a évolué. En riposte à la décision américaine, Téhéran a annoncé s'affranchir des contraintes de l'accord sur l'enrichissement de l'uranium. Ses progrès sont réversibles, mais il aura acquis un savoir-faire supplémentaire. Son programme de missiles à double capacité (classique et nucléaire) s'est, lui aussi, développé. Et on en sait désormais beaucoup plus sur les activités passées du pays grâce aux documents saisis par Israël, dont l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a pu prendre connaissance. Ils confirment que l'Iran avait l'intention de fabriquer des bombes atomiques et pas de s'arrêter à la seule " capacité nucléaire ". Que Téhéran s'est probablement assuré du maintien de son expertise dans le domaine de l'élaboration des armes. Et qu'il a caché à l'AIEA, en 2015, plusieurs installations secrètes. Enfin, certaines clauses de l'accord viennent à échéance dès 2024.

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Peut-on encore persuader l'Iran de renoncer à la bombe ?
Le contexte a également changé. Face à la détente entre Israël et les pays sunnites de la région, le régime serre les rangs. Il survit sous les sanctions. Et s'interroge - non sans raison, d'ailleurs - sur ce que deviendrait un nouvel accord... en cas de retour des républicains au pouvoir en 2024. D'où le pas de deux entre l'administration Biden, qui évoque un traité plus large mais se dit prêt à rejoindre celui de 2015 dès que Téhéran se remettra en conformité avec celui-ci, et la réponse iranienne qui consiste à dire : "Après vous !" Peut-on encore persuader l'Iran de renoncer à la bombe ?
L'Histoire n'incite pas à l'optimisme. Lorsqu'un investissement aussi important que celui de Téhéran est engagé, un programme nucléaire à vocation militaire a sa dynamique propre, même sans consensus gouvernemental sur sa finalité. De fait, tous les pays ayant consenti un effort équivalent à celui de l'Iran ont fini par franchir le pas, sauf à se voir contraints par un choc endogène (Afrique du Sud, 1990) ou exogène (Irak, 1991).
Sans nouvel accord, une action militaire israélienne est-elle inévitable ? Pas nécessairement. Il est probable que le seuil d'intervention des Israéliens soit, dans les faits, beaucoup plus élevé que celui auquel l'on pense souvent, y compris dans les administrations occidentales. Et qu'il soit proche... de celui des Etats-Unis, qui n'hésiteraient pas à agir. Nous n'en sommes pas là et, une fois de plus, il n'y a pas d'autre choix raisonnable que celui de gagner du temps. La modestie doit prévaloir. Les illusions de l'administration Obama, pour laquelle l'accord de 2015 devait être la clef de la normalisation des relations avec Téhéran, semblent abandonnées. Quant à l'idée selon laquelle l'accord doit être élargi à d'autres domaines, elle n'a aucune chance de recueillir l'assentiment iranien aujourd'hui. L'Europe avait été un partenaire capital dans la négociation du début des années 2010 : elle aura son rôle à jouer dans la nouvelle partie qui commence.
