Une fois encore, le prix de la paix, seul Nobel à être décerné par un comité norvégien, fait débat. Justifiés par un accord de paix (entre le gouvernement et les guérilleros des Farc) rejeté quelques jours plus tôt par référendum, les lauriers du président colombien, Juan Manuel Santos, ne paraissent guère plus légitimes que ceux de Barack Obama, récompensé, en 2009, moins d'un an après son élection.

Le CV de Santos pose problème: ancien ministre de la Défense, il fut l'artisan de la guerre contre la guérilla à une époque où le gouvernement couvrait aussi les exactions perpétrées par des groupes paramilitaires.

Aurait-il fallu lui décerner un Nobel "ex aequo avec les Farc"? En aucun cas. Le groupe rebelle s'est rendu coupable de crimes de guerre, raison pour laquelle les Colombiens ont rejeté l'accord de paix. Pour le juriste norvégien Fredrik Heffermehl, militant pacifiste convaincu, "le comité Nobel ne respecte plus les intentions d'Alfred". Son argument: selon le testament, le prix doit récompenser des gens qui ont "contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées [...], à la réunion [...] de congrès pacifistes".

45% des prix illégitimes?

C'est à ce crible-là qu'il a passé le palmarès complet. Bilan: depuis la Seconde Guerre mondiale, 45% des prix sont, selon lui, illégitimes, notamment ceux de l'Américain Henry Kissinger et du Vietnamien Le Duc Tho (1973), du trio israélo-palestinien Rabin-Peres-Arafat (1994), mais aussi de Mère Teresa (1979) ou d'Elie Wiesel (1986).

De son côté, le comité Nobel rejette cette "lecture réductrice". Et revendique le droit d'adapter l'"esprit du testament" aux défis du monde actuel. Deux approches irréconciliables, qui donnent lieu à une discrète bagarre juridique à l'instigation du pacifiste sexagénaire Heffermehl, qui, depuis des années et seul contre tous, consacre toute son énergie à faire entendre sa vérité. Quitte à lasser par sa monomanie.