Pas d'euphorie, pas de manifestation d'enthousiasme exubérante: l'Egypte a accueilli l'élection de Barack Obama avec satisfaction, mais sans illusion excessive. La satisfaction, c'est surtout celle de voir John McCain battu, et l'administration Bush enfin sanctionnée, même si c'est par procuration. "Je ne pense pas que la politique américaine dans la région va profondément changer, mais il y aura sûrement moins d'arrogance", estime Khaled, ingénieur dans une entreprise de télécommunication.

De nombreux Egyptiens se sont refusés jusqu'à la dernière minute à envisager la victoire d'Obama, certains spéculant même sur un assassinat du candidat démocrate dans un scénario tout droit tiré de la série télévisée 24 Heures. Après le scepticisme et l'incrédulité, beaucoup admettent donc que cette élection modifie l'image qu'ils se font des Etats-Unis. "C'est la première fois que le rêve américain signifie quelque chose pour moi", souligne Nora, étudiante à l'Université du Caire.


Sur Islam Online, l'un des sites islamistes les plus populaires, l'élection d'un Noir d'ascendance musulmane est saluée comme une "défaite du racisme". En attendant de pouvoir être jugé sur pièces, le nouveau président américain jouit du bénéfice du doute. "Donnons à Obama une chance de montrer ses intentions et sa politique avant de rentre notre verdic", réagit un internaute,"car jusqu'à présent, il n'a pas rien dit en matière de politique étrangère qui nous donne beaucoup de raisons d'espérer".

Pour les Frères musulmans égyptiens, l'affaire est entendue: sur leur site officiel, l'élection d'Obama est déjà reléguée au second plan, derrière l'incursion meurtrière de l'armée israélienne dans la bande de Gaza. Davantage que sur l'Irak, c'est de fait sur le dossier israélo-palestinien que les Egyptiens vont juger le nouveau président américain. Une attente résumée par le secrétaire général de la Ligue arabe: "Nous avons besoin de l'influence américaine, mais nous avons besoin qu'elle soit reformulée pour revenir à un rôle constructif de médiateur honnête", a déclaré Amr Moussa, en espérant que ce "jour historique" ne reste pas sans lendemain.