Ne pas perdre le 4 mars
La défaite d'Hillary Clinton dans la primaire du Wisconsin et les caucus d'Hawaï ne laisse à la sénatrice du New York plus qu'une occasion de freiner l’élan Barack Obama dans la course à l'investiture démocrate à la présidentielle américaine. Ce sera le 4 mars, dans le Texas et l'Ohio. Ces deux Etats comptent car ils envoient beaucoup de délégués à la convention du parti: 193 pour le Texas, 141 pour l’Ohio. "Si elle perd ces deux Etats, elle est finie", estime Nathaniel Persily, professeur à l'université de droit de Columbia. Sans être aussi catégorique, il lui sera encore possible de revenir, mathématiquement, puisqu’il reste 30% des délégués à désigner. Mais ce retour serait miraculeux, politiquement parlant.
Reuters
Avoir deux victoires nettes
Gagner avec peu de marge pourrait ne pas être suffisant pour Hillary Clinton. Les délégués étant attribués à la proportionnelle, côté démocrate, il lui faudra des victoires nettes dans ces deux Etats pour stopper Obama. Or les sondages prédisent pour l'heure une lutte serrée entre les deux candidats qui pourrait donc bénéficier au sénateur de l’Illinois. Merle Black, qui enseigne les sciences politiques à l'Université Emory d'Atlanta, estime même que le creux dans lequel s'enfonce Clinton est "énorme, et s'élargit".
Deux débats cruciaux
"L’Ohio ressemble beaucoup, sociologiquement parlant, au Wisconsin. La victoire d’Obama dans cet Etat où il grignote des voix chez les classes moyennes, les hommes blancs et les ouvriers, est un très mauvais signe pour elle", explique Daniel Sabbagh, chercheur au CERI, spécialiste des Etats-Unis, interrogé par LEXPRESS.fr. Dans ce contexte, les deux derniers débats de la campagne démocrate, jeudi à Austin, Texas, et la semaine prochaine dans l'Ohio, seront d'autant plus cruciaux.
Reprendre la main
A cette occasion, il lui faudra reprendre la main dans les débats. Hillary Clinton, dont l’équipe de campagne a été secouée récemment par le remplacement de la directrice de campagne et le départ de son second, a pu donner l’impression de paniquer. Et de manquer d’arguments. Dernière attaque de sa part: l'équipe de Clinton a accusé Obama d'avoir plagié des phrases d'un de ses partisans, le gouverneur du Massachusetts Deval Patrick. Le sénateur de l'Illinois a reconnu sereinement ces emprunts sans y voir matière à scandale.
Séduire les indépendants, centristes et indécis
La carte des femmes a marché mais semble s’essouffler. Celle de l’expérience, face au changement représenté par Obama, ne marche guère. Que reste-t-il à Hillary Clinton… Il lui faut donc désormais séduire ceux qui pour le moment ne voteraient pas pour elle, mais plutôt pour John McCain dans le cas où la finale les opposerait: les indépendants. "En effet, Obama semble mieux placé pour contrer McCain sur ce terrain", analyse Daniel Sabbagh, du CERI. "Centristes, différents de la base de leurs partis respectifs, ils captent les indécis qui ne veulent pas d’un affrontement caricatural entre républicains et démocrates. Je pense que cet argument peut jouer en faveur d’Obama, c’est un calcul raisonnable de la part des électeurs qui s’expriment lors des primaires".
McCain et Obama déjà dans la phase suivante
Mauvais signe pour elle, d’ailleurs. En perdant le Wisconsin, la sénatrice a souffert l'humiliation de voir le candidat républicain John McCain l'oublier dans ses discours. "Je me battrai chaque jour et chaque instant de cette campagne pour m'assurer que les Américains ne seront pas trompés par un appel au changement éloquent mais vide", a déclaré le sénateur de l'Arizona, désignant indirectement Barack Obama. En retour, Obama s’est attaqué directement à McCain, en l'accusant de vouloir perpétuer la politique de George W. Bush. McCain "représente la politique d'hier et nous voulons être le parti de demain", a déclaré le sénateur métis. Où est donc Clinton dans ces échange?
Dernière carte : les super-délégués?
Et si la clé était les super-délégués, en cas de résultats très serrés entre les deux candidats démocrates, à la fin de l’été? Ces VIP du parti ne sont pas tenus juridiquement à voter comme leur Etat l’a fait, lors de la convention du parti, à Denver. Mais, comme le rappelle Daniel Sabbagh, du CERI, "on n’a aucun exemple de cela dans l’histoire américaine. Ils n’ont pas d’engagement juridique mais je pense qu’ils voteront comme leurs Etats, par coutume".