Interrogé au mois d'août dernier sur les élections législatives italiennes, qui se tiennent ce dimanche 25 septembre, le pape François a fait part de la perplexité que lui inspire le système politique italien. "La politique italienne, je ne la comprends pas trop. Ces 20 gouvernements en 20 ans, c'est un peu étrange", a-t-il confié, avant de concéder que chacun avait sa manière de "danser le tango". Mais quelles sont les "étranges" particularités de la politique transalpine ?

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Avant de se pencher sur son processus électoral, il convient de s'intéresser au régime politique italien. Traumatisés par plus de vingt ans de dictature fasciste, les pères fondateurs de la République ont promulgué, en 1947, une Constitution fondée sur l'idée que non seulement aucun nouveau Benito Mussolini ne puisse disposer un jour des pleins pouvoirs, mais également qu'aucun parti ne soit en mesure d'écraser les autres. Cette idée, démocratiquement vertueuse, pose des problèmes de gouvernance. En effet, si l'exécutif dispose de très peu de pouvoir - ce qui est loin d'être un cas à part en Europe - le pouvoir législatif est scindé en deux chambres d'influence égale, dans ce qu'on appelle un "bicamérisme parfait". Ces dernières ont donc le pouvoir de renverser les gouvernements en place, quand les autres démocraties d'Europe accordent, en principe, ce droit à la chambre dite basse.

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Ainsi, depuis 1944 et le retour de la démocratie en Italie, 67 gouvernements se sont succédé. La méfiance envers les partis a été constitutionnalisée afin que soit favorisée l'élaboration d'alliances. Celles-ci ont pourtant, dans les faits, le désavantage de rapidement se désagréger. Pour exemples récents, en 2018, l'alliance entre la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo n'a pas résisté plus d'un an, tandis que Mario Draghi a dû démissionner, au mois de juillet dernier, après avoir été désavoué par trois partis alliés.

Un vote, deux systèmes

Si les gouvernements durent en moyenne 384 jours depuis le retour de la démocratie en Italie, c'est bien parce que le mode de scrutin impose des coalitions. Sur les 400 sièges que comporte la Chambre des députés, 245 sont attribués à la proportionnelle, 147 selon un scrutin uninominal à un tour, tandis que les 8 sièges restants sont réservés au choix des Italiens de l'étranger, qui votent selon la méthode proportionnelle. 253 sièges sont donc attribués aux partis selon la part totale de voix qu'ils obtiennent, comme c'est le cas en Espagne ou en Suède. Les 147 autres sièges sont, eux, attribués aux candidats ayant obtenu le plus de voix, selon le principe anglo-saxon du "winner takes all", en vigueur au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis.

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Quand ils se rendent aux urnes, les électeurs votent donc à la fois pour un parti et pour un nom, choisissant, en parallèle, les sièges attribués au mode proportionnel et ceux attribués selon le mode uninominal. En ce qui concerne le Sénat, le système est le même. Sur les 200 sièges, 122 sont pourvus au scrutin proportionnel tandis que 74 le sont selon le scrutin uninominal à un tour. Les 4 derniers sont réservés aux votes des Italiens vivant à l'étranger, selon le mode proportionnel.

Les intentions de vote aux législatives de ce dimanche donnent le parti d'extrême droite Fratelli d'Italia en tête avec 25% des intentions de vote, devant le Parti démocrate (22%), le Mouvement 5 Etoiles (15%), la Ligue (12%), et Forza Italia (8%). Les partis Fratelli d'Italia, la Ligue et Forza Italia étant alliés, ils devraient, si les résultats confirment les sondages, pouvoir aisément constituer un gouvernement de coalition. Quant à l'identité du futur chef du gouvernement, il pourrait bien s'agir de la Présidente de Fratelli d'Italia, Giorgia Meloni, son parti étant le mieux placé des trois formations de droite. Élaborée pour faire obstacle au fascisme, la Constitution italienne pourrait finalement bientôt consacrer l'une de ses héritières.