Jeune écrivain de 36 ans, diplômé de sciences politiques et de sociologie, le Napolitain Alessio Forgione est l'auteur de deux romans remarqués de l'autre côté des Alpes, Napoli mon amour et Crier son nom, tout juste traduit en France chez Denoël. Rencontré à Saint-Germain-des-Prés à l'occasion de la promotion de ce beau roman sur la jeunesse napolitaine de la fin des années 1990, Alessio Forgione évoque pour L'Express le scrutin si important qui a consacré la victoire de la coalition de droite emmenée par le parti post-fasciste Fratelli d'Italia, et sa dirigeante Giorgia Meloni. Sans ambages, et avec des mots parfois déroutants.

L'Express : Comment expliquer que Giorgia Meloni soit arrivée en tête du scrutin ? Qu'a-t-il bien pu se passer en Italie pour qu'un parti post-fasciste remporte les élections législatives ?

Alessio Forgione : C'est très simple, l'Italien moyen est fasciste. Et cela depuis toujours, même avant l'arrivée de Mussolini. L'Italie est un Etat très hiérarchisé, avec des classes sociales très marquées. Et c'est aussi un Etat extrêmement raciste, le Nord contre le Sud, et l'Italie envers tous les non-Italiens qui vivent dans la Botte.

L'immigration a-t-elle été l'un des grands thèmes de la campagne ?

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Non, on a surtout parlé du coût de la vie, des factures d'électricité... Evidemment, l'extrême droite ne va pas apporter de solution : le véritable enjeu de cette campagne était de gagner les élections, c'est tout. Pour ma part, j'essaie de me détacher de la politique. Ce qui m'intéresse, c'est la théorie, car la réalité politique est effroyable, elle ne peut que décevoir. Je suis anarchiste. L'exclusion me semble être la seule forme d'élégance et de politesse.

Vous n'avez pas voté dimanche ?

Non. La majorité des gens qui ne votent pas n'ont pas d'opinion mais en ce qui me concerne, c'est le résultat d'une longue réflexion. J'ai voté trois fois, pour le parti communiste, jusqu'au retour de Berlusconi au pouvoir. Depuis, je ne vote plus.

Le grand gagnant n'est-il pas finalement l'abstention, comme ce le fut lors de nombreux scrutins en Europe ?

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Oui, bien sûr. En Italie, le problème c'est qu'il n'y a pas de véritable parti de gauche qui se préoccupe de la pauvreté et du peuple. La droite gagne du terrain car elle parle à tous ces gens ordinaires. Elle le fait en tablant non sur le collectif, mais sur l'individualisme, en leur disant : "tu peux aller mieux, avoir une vie meilleure". Comparons l'Histoire de nos deux pays : en France, vous avez eu une révolution et vous avez conquis la démocratie tandis qu'en Italie, ce sont les Américains qui ont déclaré la démocratie. Il n'y a pas eu de lutte. Et cela nous poursuit jusqu'à aujourd'hui.

Y a-t-il un risque d'"Italexit", de sortie du pays de l'Union européenne ?

Je crains que oui, malheureusement. Giorgia Meloni n'en a pas trop parlé durant la campagne, elle a préféré donner une image aimable, tranquille, pour gagner des partisans, mais elle est contre tout et a toujours affirmé vouloir quitter l'Europe. Par ailleurs, tous les gens qui ont voté pour Meloni, Salvini et tous les partis fascistes ou extrêmes aspirent à s'éloigner de l'Europe. Le danger serait que cela contamine l'Espagne, la France, etc. L'Union européenne doit être encore plus forte et unie car on a compris que ses intérêts n'étaient pas ceux des Etats-Unis ou de la Russie.

Mais si, un jour, il y a un référendum pour ou contre rester dans l'Union, vous iriez voter ?

Oui, je suis Napolitain et Européen. J'ai vécu à Bruxelles, à Barcelone, à Londres, je ne peux pas penser vivre dans un monde où il serait très compliqué de se déplacer. On ne peut pas être lié en permanence via Internet et les réseaux sociaux et, en même temps, élever des murs entre les nations. L'idée m'est insupportable.

En réalité, ne vous sentez-vous pas plus Européen qu'Italien?

Si, absolument. Et je me sens aussi un peu Français, pour avoir lu et aimé tant d'auteurs français....