Un Syrien de 24 ans a été condamné ce jeudi à neuf années et demi de prison pour le meurtre à l'arme blanche d'un Allemand à Chemnitz (dans l'est du pays), un homicide à l'origine en 2018 de violences xénophobes et des manifestations en série de l'extrême droite.
Le tribunal de Dresde a jugé coupable Alaa Sheikhi, un coiffeur syrien, du meurtre de l'Allemand Daniel Hillig, le 26 août 2018 après une dispute dont l'origine n'a jamais pu être établie. "Il n'y a aucun doute sur la culpabilité de l'accusé", a expliqué la présidente du tribunal. Le Syrien a également gravement blessé un ami de la victime, qui a dû être hospitalisé durant plusieurs jours, selon le parquet.
Un Irakien de 22 ans, en fuite depuis un an malgré un mandat d'arrêt international, a selon le tribunal aussi participé à l'agression. Il aurait réussi à rentrer en Irak, selon des médias.
Un dossier d'accusation ténu
Le parquet avait requis 10 ans de prison. La défense avait elle plaidé l'acquittement, faute de preuve. Ses avocats, qui avaient mis en garde durant le procès contre la tentation de prononcer une condamnation pour "apaiser Chemnitz" et éviter de nouveaux incidents, ont annoncé faire appel du jugement.
Le procès, déplacé pour raisons de sécurité à Dresde, a mis en évidence des lacunes dans le dossier d'accusation. Les preuves contre le Syrien étaient en effet ténues : aucune trace de son ADN n'a été retrouvée ni sur le couteau, ni sur la victime.
Le principal témoin du meurtre, un employé libanais d'un snack de kebabs, a multiplié les versions contradictoires.
Des étrangers pris en chasse dans la rue
Alaa Sheikhi était lui arrivé en Allemagne en 2015, comme des centaines de milliers d'autres demandeurs d'asile lorsque Angela Merkel a refusé de fermer les frontières de son pays.
Quelques heures après cet homicide, un millier de hooligans et de néonazis s'étaient rassemblés à Chemnitz, ville moyenne de l'ex-RDA communiste, une manifestation émaillée de violences xénophobes. Des vidéos amateur tournées ce jour-là montrant des étrangers insultés et pris en chasse dans la rue ont alors provoqué une onde de choc en Allemagne et fait le tour du monde.
D'autres rassemblements à l'appel de l'extrême droite avaient suivi, là aussi marqués par des violences et des saluts hitlériens, et aussi par des échauffourées avec des contre-manifestants d'extrême gauche.
La chancelière Angela Merkel a à l'époque dénoncé "la haine" et les "chasses collectives" contre des étrangers.
Un verdict à quelques jours d'élections
Ce verdict intervient à quelques jours du premier anniversaire du début de ces graves échauffourées ayant suivi l'homicide et de protestations diverses dans la ville de Chemnitz à l'initiative de l'extrême droite, dont les images avaient fait le tour du monde.
Il survient aussi à dix jours d'élections dans la région même de Chemnitz, la Saxe, et dans celle voisine du Brandebourg, deux Länder de l'ex-RDA devenus des bastions du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD).
Ce mouvement, qui siège depuis deux ans au Bundestag, pourrait y réaliser les meilleures performances de sa jeune histoire, porté par son discours anti-migrants et anti-musulmans ainsi que par le ras-le-bol d'une partie de la population qui s'estime abandonnée par les élites.
