En perte de vitesse dans les sondages, les écologistes allemands tentent de mobiliser l'électorat sur un sujet où on ne les attendait pas : la dénonciation. Annalena Baerbock, la candidate à la succession de Merkel, a proposé de reprendre à l'échelle nationale la plateforme anonyme lancée sous une huée de critiques par son collègue du Bade-Wurtemberg, le ministre écolo des Finances Danyal Bayaz, et destinée à identifier les fraudeurs fiscaux.
Tollé outre-Rhin
Accusés de remettre en place des méthodes de surveillance utilisées par les nazis (Blockleiter) ou par les communistes est-allemands (informateurs de la Stasi), les écologistes refusent d'utiliser le terme de "dénonciateurs". Ils emploient celui de "lanceurs d'alertes".
"Avec cette plateforme, ils ont montré leur vrai visage", a attaqué Thorsten Frei, le vice-président du groupe parlementaire de l'Union chrétienne (CDU/CSU) à l'assemblée fédérale (Bundestag), en oubliant toutefois de rappeler que ce système fonctionne déjà depuis longtemps en Bavière, le bastion du conservatisme allemand.
Vrai visage
Qu'importe les critiques, les écologistes ont montré, en effet, leur vrai visage : celui d'un parti qui s'est embourgeoisé au fil du temps et des responsabilités. "On ne peut plus parler de parti protestataire", confirme Frank Brettschneider, expert en communication à l'université de Hohenheim. Ils ne portent plus de sandales et de gros pulls en laine, comme dans les années 80. Ils ne traitent plus les députés "d'alcooliques", comme le faisait Joschka Fischer, l'ancien leader soixante-huitard devenu ministre des Affaires étrangères sous Schöder. Les anciens "bouffeurs de musli", comme les appelaient autrefois les conservateurs, s'habillent avec élégance, sont bien coiffés et même "patriotes". "Dans le fond, les écologistes ont toujours été très libéraux", ajoute Frank Brettschneider.
Leur programme n'effraie plus personne. Plus question de quitter l'OTAN ou de proposer de la démocratie directe. Les Verts allemands sont d'ardents défenseurs du régime représentatif, de l'économie de marché et des interventions militaires à l'étranger, y compris sans mandat de l'ONU. De quoi hérisser le poil des Verts français, qui entrent tout juste dans la campagne présidentielle.
Ils inspirent les autres partis
Patron écolo de la région Bade-Wurtemberg depuis 10 ans, Winfried Kretschmann est aujourd'hui l'un des hommes politiques les plus respectés d'Allemagne, y compris dans les milieux économiques. Il y a 40 ans, cet ancien maoïste était accusé par la droite de vouloir "retourner vivre dans les arbres". Aujourd'hui, il inspire ses adversaires. "Le programme des conservateurs est exactement le même que le mien", s'amusait Winfried Kretschmann lors des élections régionales de mars dernier.
Pour gagner les élections du 26 septembre, les écologistes allemands ont pris le risque de perdre le contact avec leur base en s'adressant aux électeurs du centre. La présidente du groupe parlementaire au Bundestag, Katrin Göring-Eckardt, s'est même fendue d'un message aux Allemands pour calmer leurs angoisses et leur assurer que leurs vacances dans les îles lointaines n'étaient pas remises en cause : "Personne ne doit avoir mauvaise conscience lorsqu'il réserve un voyage à Majorque". Tout est dit.
