"Rassurer les marchés" et leur envoyer un signal très puissant. C'est l'objectif de la Première ministre britannique Liz Truss. Elle a annoncé ce vendredi 14 octobre renoncer à son projet de ne pas augmenter l'impôt sur les sociétés comme l'avait prévu le gouvernement, une nouvelle volte-face sur son paquet de mesures économiques. Ce vendredi matin, pourtant, Downing Street ne semblait prêt à aucune inflexion et le secrétaire d'Etat au commerce Greg Hands avait affirmé qu'il n'y avait "absolument aucun plan pour changer quoi que ce soit" dans le mini-budget.
"Il est clair que certaines parties de notre mini-budget allaient trop loin et trop vite par rapport à ce que les marchés attendaient", a déclaré Liz Truss dans une très courte conférence de presse, dans laquelle elle a insisté sur le besoin de "stabilité" pour l'économie britannique. La Première ministre s'est dite "absolument déterminée" à mener à bien sa politique de soutien à la croissance, malgré les critiques croissantes, même dans son propre camp, contre sa stratégie économique. "Nous allons obtenir un Royaume-Uni plus prospère et sortir de la tempête que nous traversons", a-t-elle affirmé.
Le ministre des Finances limogé
Un peu plus tôt, elle avait limogé son ministre des Finances Kwasi Kwarteng, dont le plan budgétaire annoncé le 23 septembre, qui prévoyait des dizaines de milliards de baisses d'impôts sans financement clair a déstabilisé les marchés, fait chuter la livre et profondément affaibli le gouvernement.
Kwasi Kwarteng, encore affirmatif jeudi sur son maintien à son poste, a confirmé sur Twitter son limogeage annoncé par les médias britanniques. "Vous m'avez demandé de démissionner en tant que Chancelier" de l'Echiquier, "j'ai accepté", a-t-il écrit dans une lettre à sa "collègue et amie" Liz Truss.
"Je respecte profondément la décision que vous avez prise aujourd'hui", lui a répondu la cheffe du gouvernement dans une formulation qui laisse les observateurs perplexes. "Vous avez mis l'intérêt national en premier."
Downing Street a annoncé dans la foulée la nomination aux Finances de Jeremy Hunt, ancien candidat dans la course pour Downing Street. Âgé de 55 ans, il a été ministre des Affaires étrangères en 2018-2019, après avoir dirigé celui de la Santé. Dans la foulée de l'annonce par les médias du départ du Chancelier de l'Echiquier, la livre sterling a plongé face au dollar en perdant 1,10% à 1,1199 dollar.
Un ticket Rishi Sunak-Penny Mordaunt pour remplacer Liz Truss ?
Durement fragilisée après 38 jours au pouvoir, Liz Truss s'est exprimée ce vendredi dans un contexte politique et économique particulièrement tendu. Selon la presse britannique, certains députés de son camp sont déjà à la manoeuvre pour l'évincer, face à des sondages désastreux qui annoncent une défaite cuisante de la majorité conservatrice avant les prochaines élections générales de 2024. Certains élus conservateurs évoquent désormais en privé des noms pour remplacer la Première ministre. Un ticket Rishi Sunak-Penny Mordaunt, deux candidats battus par Liz Truss dans la course à Downing Street, serait ainsi évoqué, selon la presse.
Rishi Sunak, ancien ministre des Finances, était le candidat préféré des députés conservateurs, mais la décision finale revenait aux membres du parti, qui ont élu Liz Truss début septembre, laquelle a ensuite écarté du gouvernement le camp Sunak.
Les Britanniques confrontés ces dernières semaines à des taux d'emprunt immobilier qui montent en flèche, s'ajoutant à une inflation à 10%, perdent confiance et patience. Cinquante pour cent veulent que le parti conservateur remplace Liz Truss. Près de la moitié (43%) des électeurs ayant voté pour le parti conservateur lors du dernier scrutin veulent un nouveau Premier ministre, selon un sondage YouGov publié jeudi soir.
