C'était inévitable. Elue le 5 septembre par seulement 0,2% de l'électorat britannique, à savoir 72 000 adhérents du parti conservateur, sur un programme économique extrêmement risqué et non chiffré de baisses massives d'impôts et d'accroissement des dépenses publiques en pleine période d'inflation, Liz Truss n'est plus Première ministre depuis ce jeudi 20 octobre. Sa chute n'était qu'une question de jours. 28 jours exactement, depuis l'annonce de son peu orthodoxe budget dit de "croissance". Et 44 jours après son arrivée au 10 Downing street - ce qui en fait la dirigeante la plus éphémère à ce poste de l'histoire du Royaume-Uni.

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La réaction des marchés, entraînant notamment un plongeon historique du cours de la livre sterling face au dollar, a constitué comme un électrochoc de réalité pour tout un pays. La réalité, cette denrée devenue rare dans un pays où l'idéologie règne en maître depuis la nuit du référendum du 23 juin 2016 sur la sortie de l'Union européenne. Ce référendum, rappelons-le, fut l'idée du Premier ministre conservateur David Cameron pour mettre fin aux querelles internes du parti Tory.

"Welcome to Britaly"

Son résultat, qui conduira au Brexit, aura finalement eu pour effet de faire imploser l'un des plus grands et vieux partis politiques au monde. L'ironie est cruelle. Et, quand, cette semaine, le magazine britannique The Economist titre avec une certaine arrogance "Welcome to Britaly", Liz Truss brandissant une pizza et recouverte de spaghettis en couverture, insinuant par-là que la Grande-Bretagne est devenue aussi instable que l'Italie, on aimerait les prévenir amicalement que la situation est bien plus grave.

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Le système parlementaire britannique ne génère que des majorités larges et fortes, et les coalitions s'y font rares. L'implosion politique outre-Manche, à laquelle nous assistons avec un mélange de sidération et de tristesse, ne ressemble en rien aux maux de la politique transalpine. Elle est le fait d'un seul et unique poison nommé Brexit, conçu par une clique et imposé à tout un pays à grands renforts de mensonges.

Si à chaque nouvelle crise et à chaque nouveau Premier ministre britannique - nous en serons bientôt au cinquième en six ans - les observateurs étrangers pensent que la Grande-Bretagne vient de toucher le fond et va enfin reprendre ses esprits, de nouvelles extravagances font ensuite s'interroger : le pire serait-il à venir ? Après la démission de Liz Truss cet après-midi, le parti conservateur doit changer ses règles internes de désignation d'un nouveau leader afin qu'un nouveau vote intervienne d'ici la Toussaint (et non pas dans deux mois).

Il semblerait que Rishi Sunak, ancien chancelier de l'Echiquier, finaliste de la dernière joute conservatrice l'été dernier, et qui avait averti du danger d'un gouvernement Truss, parte favori pour reprendre les rênes du pays. Cependant, une campagne a déjà commencé sur les réseaux sociaux pour faire revenir Boris Johnson, actuellement en vacances aux Caraïbes. Oui, Boris Johnson, celui-là même qui avait été poussé vers la sortie par divers scandales en juillet dernier.

Très populaire auprès des militants conservateurs, il a ses chances. Les travaillistes et Keir Starmer, leur chef de file, ont beau réclamer à corps et à cris des élections générales anticipées, le parti conservateur est légalement habilité à installer à nouveau l'un des leurs à la tête du gouvernement, et même un ancien Premier ministre destitué. Alors, le retour de Boris Johnson pour Halloween ? Ces six dernières années en Grande-Bretagne nous ont appris que tout est possible.