Des "risques réels pour la stabilité financière britannique". Voilà comment la Banque d'Angleterre a qualifié ce mercredi 28 septembre les turbulences sur les marchés déclenchées par le plan budgétaire dispendieux de Londres, particulièrement critiqué par le Fonds monétaire international (FMI). Pour faire face à cette tempête qui survient au moment où le pays traverse une grave crise économique sur fond d'envolée des prix de l'énergie, la Banque d'Angleterre (BoE) va acheter des obligations d'Etat.

Pourquoi la Banque d'Angleterre va-t-elle acheter ces obligations d'Etat ?

"La Banque va effectuer des achats d'obligations gouvernementales à échéance éloignée" dès ce mercredi afin de "rétablir des conditions de marché normales", affirme la BoE dans un communiqué publié ce mercredi, précisant que cette "opération sera entièrement financée par le Trésor".

"Le mouvement du marché est exacerbé depuis hier et affecte particulièrement la dette à long terme. Si ce dysfonctionnement du marché continue ou empire, cela causerait un risque réel pour la stabilité financière du Royaume-Uni", a expliqué la BoE pour justifier son intervention.

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Vendredi, le nouveau gouvernement de Liz Truss avait annoncé des mesures de soutien à l'économie et des baisses d'impôts très coûteuses. Ce plan prévoit un gel du coût de l'énergie pour les particuliers et les entreprises, qui devrait coûter à lui seul 60 milliards de livres pour les six premiers mois, mais aussi des baisses d'impôts importantes. Evaluées par les économistes à un montant de 100 à 200 milliards de livres, mais dont le financement et l'impact restent flous et non chiffrés par le gouvernement, ces mesures ont semé le trouble sur les marchés ces derniers jours.

Pourquoi le FMI a-t-il demandé à Londres de revoir sa copie sur son plan de soutien économique ?

Un peu plus tôt dans la journée, le FMI avait ouvertement critiqué ce coûteux plan de soutien économique, appelant Downing Street et le Chancelier de l'Echiquier (ministre des Finances) Kwasi Kwarteng à rectifier le tir. Les fortes baisses d'impôts envisagées par les dirigeants britanniques "vont probablement augmenter les inégalités", s'inquiète le FMI dans une déclaration transmise à l'AFP.

L'institution de Washington va même jusqu'à demander à Londres de "réévaluer" ces mesures à l'occasion de la présentation de son budget le 23 novembre, "surtout celles qui bénéficient aux personnes aux plus hauts revenus", dans cette déclaration au ton inhabituellement direct pour l'institution internationale.

Le gel des prix de l'énergie est aussi au centre des critiques du Fonds qui rappelle ne pas recommander "des paquets budgétaires larges et non ciblés à ce stade". "Il est important que la politique budgétaire n'aille pas à l'encontre de la politique monétaire", écrit aussi le FMI au moment où la Banque d'Angleterre tente de ralentir l'activité économique au travers de hausses de taux afin de lutter contre une envolée de l'inflation.

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"Vu les pressions inflationnistes élevées dans plusieurs pays, y compris le Royaume-Uni, nous ne recommandons pas de mesures budgétaires importantes non financées, car il est important que la politique budgétaire ne barre pas la route à la politique monétaire", a en outre affirmé le FMI. L'agence de notation Moody's a tenu des propos similaires, avertissant d'une "trajectoire de dette insoutenable".

"Nous comprenons que le plan budgétaire d'ampleur annoncé vise à aider les familles et les entreprises à faire face au choc énergétique et à dynamiser la croissance à travers des baisses d'impôts", souligne toutefois le FMI, au sujet du plan présenté par Kwasi Kwarteng.

Ce mercredi, le Trésor a de son côté défendu son plan budgétaire. "Nous avons agi rapidement pour protéger les ménages et entreprises cet hiver et l'hiver prochain", a argumenté le Trésor. "Nous nous concentrons sur la croissance de l'économie et le niveau de vie pour tous" avant un nouveau budget de moyen terme le 23 novembre qui "assurera que la dette recule dans sa part du PIB", a-t-il ajouté.

Livre sterling, taux d'emprunt, inflation... Quels sont les indicateurs économiques qui virent au rouge ?

Signal de la défiance des investisseurs pour les actifs britanniques, la livre sterling a plongé à un plus bas historique, à 1,0350 dollar lundi, et n'a que peu remonté depuis. Depuis le début de l'année, sa chute, vertigineuse, reste de 20%.

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Le rendement de la dette d'Etat, qui augmente quand la demande recule, s'est envolé. Le taux des obligations à trente ans, qui évoluait à environ 3,5% en début de semaine dernière, a bondi pour atteindre en début de séance ce mercredi 5,14%, un plus haut depuis 1998, signalant une flambée du coût de financement de la dette britannique. Il est rapidement retombé avec l'intervention de la BoE, reculant même à 3,94%. Le taux des obligations à 10 ans a fait de même, reculant à 4,23% après avoir atteint un sommet depuis 2008 à 4,02%. La flambée des taux d'emprunt au Royaume-Uni risque de renchérir les prêts hypothécaires des ménages et les crédits des entreprises et de les porter à un point où ils ne seraient plus en mesure de rembourser.

Avec un taux d'inflation de quasiment 10% sur un an, le plus élevé du G7, le Royaume-Uni est par ailleurs déjà entré en récession, selon la Banque d'Angleterre.