Si la longévité chez les puissants était une discipline olympique, la reine d'Angleterre serait médaille d'or toutes catégories. Ainsi que sa cour de médecins très attentionnés, qui lui imposent, quand il le faut, diète et repos. On ignore toujours pourquoi Elizabeth II a dû passer la nuit du 20 octobre à l'hôpital, mais on sait qu'elle a été mise en demeure de se reposer et d'annuler réceptions et voyages officiels. Ainsi, la souveraine, qui devait se rendre à Glasgow pour la COP 26, a dû envoyer une vidéo préenregistrée à la place. Le secret qui entoure son état de santé n'est pas fait pour rassurer les Britanniques, qui la considèrent, sans doute à juste titre, comme le ciment du pays. Sans elle, beaucoup ne donnent pas cher du Royaume-Uni, les quatre nations qui la composent étant à hue et à dia depuis de nombreuses années - à l'instar de l'Ecosse nationaliste, fortement titillée par l'indépendance.
Le dernier séjour de la reine Elizabeth à l'hôpital remonte à 2013. Buckingham Palace avait alors révélé qu'elle souffrait d'une gastro-entérite, mais, cette fois-ci, le Palais reste silencieux, au grand dam des observateurs royaux, tel Nicholas Witchell, de la BBC, qui estime que le silence royal nourrit "rumeurs et désinformation".
En revanche, des détails ont échappé à la vigilance des courtisans. Vanity Fair a ainsi dévoilé que la reine avait dû se mettre à l'eau. Fini, le Martini à l'heure de l'apéritif, le vin doux durant le repas et la coupe de champagne avant le coucher qui semblent constituer la routine quotidienne de la souveraine. On se souvient que sa mère, décédée à 101 ans, était une grande amatrice de gin, de Dubonnet et de Veuve Clicquot. Entre autres.

Photo publiée le 24 décembre 2020 de la reine Elizabeth II après son allocution de Noël.
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Ce régime d'athlète s'explique par le fait que le pays tout entier se prépare à fêter le jubilé de platine de la reine, soit ses soixante-dix ans de règne, lors d'un week-end de trois jours en juin prochain. Cette performance historique ne doit pas être gâchée par des problèmes de santé : la reine doit être en forme, il en va de l'image d'un pays fortement divisé par le Brexit. Il en va aussi du soft power de la Grande-Bretagne, pour laquelle la monarchie et la famille royale constituent une considérable manne touristique, évaluée à 2 milliards d'euros par an. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, connaît sûrement la célèbre réplique de Letizia Bonaparte, mère de Napoléon : "Pourvu que ça dure !"
