"Les funérailles du siècle". Des centaines de dignitaires étrangers et têtes couronnées sont attendues ce lundi 19 septembre à Londres pour les adieux à la reine Elizabeth II. Un casse-tête sécuritaire, par la taille du lieu choisi pour l'événement, mais aussi diplomatique entre les privilèges accordés à certains et les invités controversés. Les organisateurs doivent donc jouer des coudes pour contenter les dirigeants du monde entier, venus rendre un dernier hommage à la souveraine la plus populaire de la planète. Quelque 4,1 milliards de téléspectateurs devraient par ailleurs assister à ce moment historique derrière leur poste.
Un déroulé millimétré
Les funérailles d'Etat de la reine Elizabeth II, les premières au Royaume-Uni depuis celles de Winston Churchill en 1965, suivent un déroulement méticuleusement préparé. A 6h30, heure locale, les derniers visiteurs venus à voir le cercueil de la reine devront quitter Westminster Hall. Celui-ci entame alors une course, en direction de l'abbaye de Westminister, non loin.
A 10h35, soit 2h30 après l'ouverture de l'abbaye, le cercueil sera porté depuis le catafalque, imposante plateforme où il reposait, jusqu'à l'affût de canon qui attendra devant la porte nord de Westminster Hall. Le cercueil n'arrivera qu'à 10h52 par la porte ouest. Le roi Charles suivra à pied, avec les membres de la famille royale.
Ce n'est qu'à 11 heures que les funérailles commencent réellement. Elles seront menées par le doyen de Westminster, David Hoyle. Le sermon sera délivré par l'archevêque de Canterbury Justin Welby, chef spirituel de l'Eglise anglicane dont le souverain britannique est le chef formel. La cérémonie s'achèvera à 12h, par deux coups de canon, l'hymne et une lamentation.
A 12h15, une nouvelle procession s'élancera. Direction Hyde Park Corner, près de Buckingham. Big Ben ponctuera la marche, tout comme de nombreux coups de canon. A 15h06, le corbillard arrive à Windsor et s'engage sur "the Long Walk", impressionnante allée rectiligne de plus de 4 kilomètres qui mène au château de Windsor. A 15H40, le roi et les principaux membres de la famille royale rejoignent la procession à pied à partir du Quadrangle, la grande cour du château de Windsor, avant que le cortège ne s'arrête à la chapelle Saint-Georges à 15H53. Une nouvelle cérémonie commencera alors, vers 16h, en présence des quinze Premiers ministres des royaumes de l'ancien Commonwealth.
Huit porteurs du cercueil
Huit soldats du 1er bataillon de la Queen's Company Grenadiers Guards auront la lourde tâche de porter le cercueil de la reine de Westminster Hall jusqu'à l'affut de canon, puis pour l'emmener à l'intérieur de l'abbaye de Westminster une fois la procession achevée.
Ce régiment est l'un des cinq régiments d'infanterie de la garde de la maison du souverain et l'un des plus anciens régiments de l'armée britannique. L'uniforme de ses membres, reconnaissable au haut bonnet en poil d'ours, a été emprunté aux grenadiers de la garde impériale de Napoléon, vaincus à Waterloo. Ces soldats seront accompagnés d'agents du Service des écuyers de la reine.
Trois régiments seront par ailleurs particulièrement mis à l'honneur durant la procession, marchant très proches du cercueil d'Elizabeth II : les Yeomen of the Guard, plus ancien corps militaire de l'armée britannique créé en 1485, l'Honourable Corps of Gentlemen at Arms, ainsi la Royal company of Archers, qui étaient les gardes du corps de la reine Elizabeth II lorsqu'elle était en Ecosse.
Un parterre royal
L'abbaye de Westminster ne pouvant accueillir qu'environ 2000 personnes, seuls les chefs d'Etat et un ou deux invités par pays auraient été conviés aux premières obsèques nationales du Royaume-Uni depuis 1965. L'empereur Naruhito et l'impératrice Masako du Japon, le prince Albert II de Monaco, son épouse Charlene, le roi des Pays-Bas Willem-Alexander, la reine Maxima et la princesse Beatrix, le roi Philippe des Belges, le roi Harald V de Norvège, ont confirmé leur présence. La reine Margrethe du Danemark, désormais seule reine régnante d'Europe, sera présente. Le roi d'Espagne Felipe VI sera là, mais aussi son père Juan Carlos I, qui a abdiqué en 2014 et vit désormais en exil aux Emirats arabes unis.
Biden et Macron devaient prendre le bus
Le président américain Joe Biden et son épouse Jill Biden, en tête de la liste des invités diplomatiques, ont atterri samedi soir à Londres. Contrairement à d'autres dirigeants à qui il a été demandé de venir à l'abbaye à bord des bus affrétés par les autorités, Joe Biden a obtenu l'autorisation d'utiliser sa limousine présidentielle blindée, "The Beast".
A l'origine Macron devait aussi prendre le bus. "Peut-on avoir une petite pensée pour le responsable de l'Élysée qui a dû annoncer au président Macron qu'à Londres, il devrait monter dans le bus ?", s'amusait le Times dimanche. Le président français, qui sera en effet présent, aurait dit "non" au bus mais on ignore quels arrangements ont été trouvés.
Le casse-tête du plan de table
Une autre difficulté réside dans le placement des invités, souligne le Times: il faut "éviter tout risque que quiconque se sente offensé d'être placé derrière un pilier et s'assurer que personne n'en vienne à se battre". Outre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel qui vont faire le déplacement malgré les tensions suivant le Brexit, figurent parmi les invités des personnalités parfois contestées.
Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et brésilien Jair Bolsonaro seront présents, ainsi que le prince saoudien Mohammed ben Salmane (MBS), régulièrement critiqué par des ONG pour de graves violations des droits humains dans son pays et écarté de la scène internationale après l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite en Turquie en 2018. Le président chinois Xi Jinping ne sera pas là, mais son vice-président Wang Qishan assistera aux funérailles, alors qu'une délégation officielle chinoise s'est vue refuser le droit de se recueillir devant le cercueil de la souveraine. Cet affront intervient après des sanctions prises par la Chine à l'encontre de parlementaires britanniques qui avaient critiqué son bilan en matière de droits humains.
La Russie en est exclue
La Russie et le Bélarus font partie d'un petit groupe de nations qui seront exclues des funérailles de la reine après l'invasion de l'Ukraine par Moscou, une mise au ban jugée "blasphématoire" et "immorale" par Moscou. La Birmanie, ancienne colonie britannique dirigée par une junte militaire sanctionnée par Londres, mais aussi la Syrie, l'Afghanistan et la Corée du Nord ont également été écartés.
Un coût faramineux
Les premières estimations varient entre 30 à 40 millions d'euros, prises en charge par l'Etat. A cela, il faut ajouter d'importantes pertes économiques lié à ce jour décrété comme férié par le nouveau roi Charles III.
Le défi de la sécurité
Reste un tracas de taille. Comment sécuriser tout ce beau monde ? "Nous sommes convaincus que les dignitaires du monde entier qui feront le voyage comprendront que c'est un défi de taille et une situation inhabituelle", a affirmé mardi un porte-parole du gouvernement, anticipant les critiques sur le protocole sécuritaire forcément pesant.
La police va ainsi déployer 36 kilomètres de barrières. Quelque 10 000 agents de sécurité agiront à travers toute la capitale britannique et épauleront Scotland Yard afin d'assurer la sécurité. Depuis l'annonce du décès de la reine, les incidents ont été rares lors des hommages, mais un homme a été inculpé pour trouble à l'ordre public après avoir quitté la queue et s'être approché du cercueil vendredi.
Au total, 6 000 soldats, marins ou pilotes de l'armée britannique prendront également part à la procession ou seront déployés tout au long du passage du cortège, a indiqué dimanche sur la BBC l'amiral Tony Radakin, chef d'état-major des armées. A plusieurs reprises sur le trajet du cercueil, ils effectueront un salut royal, par exemple au passage devant le Mémorial de la reine Victoria. "Pour nous tous, c'est notre dernier devoir envers sa Majesté la Reine et notre premier devoir majeur envers sa Majesté le Roi Charles."
