C'est un déconfinement qui ressemble à l'école buissonnière, ou presque. Depuis que les élèves danois du primaire (jusqu'à 12 ans) sont retournés en classe à la mi-avril, après un mois d'absence, ils redécouvrent le grand air. "Nous passons la moitié du temps dans la forêt et dans les champs", commente Jeppe Jepsen qui, dans ce cadre inhabituel, enseigne in vivo les sciences naturelles ainsi que les maths. Il faut dire que la commune de Silkeborg (50 000 habitants) est idéalement située, entre bois et prairies, pour appliquer la consigne de la Direction de la santé publique : les enfants doivent être au grand air "quand c'est possible", afin de réduire les risques de transmission du virus dans les établissements.
A l'intérieur, au contraire, l'espace manque. Si les classes n'ont pas été limitées à 15 élèves, comme en France, chaque enfant doit être assis à 2 mètres de ses voisins immédiats. Inventif, Jeppe Jepsen fait donc cours depuis une porte séparant deux salles mitoyennes où se répartissent ses vingt élèves. "A un moment, je m'adresse à ceux de droite, puis à ceux de gauche... On s'y fait."
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Dans chaque école primaire, le moindre recoin est exploité. Mais, parfois, c'est insuffisant. A Aarhus (340 000 habitants), par exemple, un établissement a dû annexer la patinoire municipale pour pouvoir installer tous ses élèves.
Des parents en colère : "Mon enfant n'est pas un lapin de laboratoire"
Autre consigne gouvernementale : les enfants ne doivent pas se regrouper à plus de deux dans les couloirs et cinq à l'extérieur. "C'est le plus difficile à faire comprendre, surtout aux plus jeunes", pointe Kasper Haagen Jensen, le barbu directeur de l'école de Silkeborg. Selon lui, les premiers pas scolaires à l'ère du Covid-19 se sont déroulés dans une certaine confusion. "Les autorités n'arrêtaient pas de modifier les règles à suivre. On en est déjà à la cinquième version!"
La dernière en vigueur est un peu moins contraignante sur la fréquence du lavage des mains. Du gel hydroalcoolique - préconisé pour les écoles françaises - est utilisé, mais c'est surtout le savon liquide qui est recommandé. Quant aux masques, que les enseignants français devront porter, ils ne sont pas jugés nécessaires par les autorités danoises. Ni pour les profs ni pour les élèves.
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C'est l'une des raisons qui ont poussé quelque 40 000 pères et mères à rallier le groupe Facebook "Mon enfant n'est pas un lapin de laboratoire". Pour eux, ce n'est pas aux jeunes d'essuyer les plâtres de la remise en mouvement de la société, après un mois de confinement obligatoire, comparable à celui de la France (attestations de sortie en moins).
En proportion, les victimes sont toutefois beaucoup moins nombreuses au Danemark que dans l'Hexagone, puisque ce pays de 5,8 millions d'habitants ne déplore que 9 000 cas confirmés et 500 morts. C'est pourquoi parents et enseignants du royaume restent - malgré tout - satisfaits de la réouverture des écoles primaires. Celle des classes de la cinquième à la seconde reste en revanche incertaine. Prévue le 11 mai, elle est compromise par manque de place et de personnel.
