La digue rouge a résisté. En Toscane, les militants du Parti démocrate ont trinqué, lundi soir, à l'annonce des résultats des élections régionales. Leur candidat, Eugenio Giani, l'a emporté avec 48,6% des voix contre 40,3% pour sa rivale de la Ligue. Le bastion de gauche est sauvé, tout comme deux autres régions convoitées par la formation d'extrême droite : les Pouilles et la Campanie.

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Matteo Salvini a-t-il été trop gourmand ? Lui qui se voyait déjà prendre ces trois régions, encouragé par des sondages optimistes, a manqué son retour. L'erreur du leader leghiste ? "Avoir dramatisé ce scrutin en faisant de la Toscane la bataille des batailles, analyse Marc Lazar, professeur à Sciences Po et spécialiste de l'Italie. Le Parti démocrate s'est saisi de cet argument pour fédérer ses troupes."

Vote-sanction pour Salvini

La marche était trop haute pour la Ligue, dans cette terre à gauche depuis le 19e siècle - à l'exception de la période fasciste. Le Parti démocrate y conserve des réseaux importants, qu'il a su mobiliser. Dans une Italie encore traumatisée par le Covid-19, le patron de la Ligue paie aussi son attitude au plus fort de la pandémie. "Il a tenu des propos inconséquents, niant un jour la réalité de la crise, réclamant le lendemain des mesures plus sévères", rappelle Marc Lazar. C'est la région de Lombardie, dirigée par l'un de ses fidèles, qui a enregistré le plus de morts du coronavirus. Dans ce contexte dramatique, les critiques de Matteo Salvini à l'aide européenne ont, de surcroit, été mal perçues.

Mais attention à l'effet d'optique. Si la marée Salvini n'a pas eu lieu, la Ligue n'en continue pas moins sa progression. Allié aux Frères d'Italie et à Forza Italia, le parti a - tout de même - doublé son score en Toscane par rapport aux régionales de 2015. Un bond de 20 points qui suggère une victoire en trompe-l'oeil pour la gauche. D'autant que le front uni de centre droit-extrême droite a ravi à la gauche la région des Marches, dans le sud, L'an dernier, son candidat, Francesco Acquaroli, avait participé à un dîner des nostalgiques de Mussolini. Cela ne l'a pas empêché, au contraire, de remporter l'élection haut la main avec 49% des voix - contre 37% pour le Parti démocrate.

"Score biélorusse"

La coalition de droite a donc montré qu'elle pouvait gagner des terres de gauche, mais aussi conserver ses propres fiefs - en témoigne le triomphe du président sortant léghiste en Vénétie, Luca Zaia, élu avec 76,8% des suffrages. Un "score biélorusse", ironise le quotidien Corriere della Sera. Plus modéré que Salvini, Zaia avait pris ses distances avec le leader populiste, quand celui-ci avait misé sur l'approche nationale, en décembre 2017, aux dépens du régionalisme. Son triomphe alimentera certainement les débats sur la stratégie à venir du "capitano" Salvini.