C'est une bouffée d'air frais pour les Italiens : après des semaines de restrictions, ils pourront à nouveau s'installer dans un restaurant pour déjeuner, siroter un café en terrasse ou se balader dans les couloirs de certains musées. À contre-courant de la majorité de ses voisins européens, le pays a décidé de desserrer la vis concernant ses mesures anti-Covid, déplaçant ce lundi la majorité de ses régions du niveau "rouge" - niveau de risque le plus élevé - au niveau "jaune". Seules le Haut-Adige (nord), l'Ombrie (centre), les Pouilles, la Sardaigne et la Sicile resteront classées au niveau "orange". Pour les autres, les déplacements entre communes sont désormais autorisés, mais les voyages en réunion demeurent interdits.
Cet assouplissement, effectif depuis ce lundi matin, permet donc la réouverture des bars et restaurants, qui ne pouvaient jusqu'ici faire que de la vente à emporter. Les patrons d'établissements peuvent désormais accueillir leur clientèle jusqu'à 18 heures, mais en nombre limité et en respectant les règles de distanciation. Les magasins et les salons de coiffure ont également été autorisés à relever leurs rideaux, tandis que les musées, salles d'expositions et lieux touristiques ont recommencé à accueillir du public. Après 88 jours de fermeture, les musées du Vatican - et avec eux la fameuse Chapelle Sixtine - pourront retrouver leurs visiteurs du lundi au samedi, mais ces derniers devront en revanche réserver leurs billets en avance et se verront attribuer des créneaux horaires. Le Colisée et le Forum de Rome seront, eux aussi, accessibles, mais resteront fermés le week-end afin de limiter le fameux "effet de foule" tant redouté par le gouvernement et les épidémiologistes.
"L'Italie est à contre-courant"
Car la décision de l'Italie, qui entre en opposition face aux restrictions de plus en plus strictes imposées dans d'autres pays européens, ne tient qu'à un fil. Cet abaissement du niveau de risque a en effet été décidé sur la base de critères comme le taux d'occupation des services de réanimation ou le taux de reproduction du virus, qui, dans 16 des 21 régions italiennes, est désormais inférieur à 1. Dimanche, la péninsule a par ailleurs enregistré 11 252 nouveaux cas, un chiffre en baisse par rapport aux 12 715 comptabilisés samedi. Ce bilan, encore trop lourd pour être pris à la légère, a néanmoins obligé les autorités à maintenir un couvre-feu de 22 heures à 5 heures.
Surtout, il inquiète de nombreux observateurs. Jeudi, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait averti qu'il était "trop tôt pour assouplir" les restrictions, en raison de la circulation "encore très élevée" du virus. Dans le pays, le nombre quotidien de contagions est toujours supérieur à 11 000, et celui des décès oscille entre 250 et 500. Et selon Les Échos, la campagne de vaccination a, elle, subi un coup d'arrêt important faute de stocks suffisants. "L'Italie est à contre-courant", confirmait vendredi à l'AFP Walter Ricciardi, expert en santé publique et conseiller du ministère italien de la Santé face à la pandémie. Mais selon lui, "la résistance des politiques et de l'opinion publique" entraîne une difficulté supplémentaire à la proposition de mesures plus sévères.
La pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale
Le pays, durement touché d'un point de vue sanitaire par la pandémie - plus de 88 000 personnes ont succombé au Covid-19 depuis mars dernier - a également dû subir les conséquences économiques du coronavirus. L'économie italienne est désormais plongée dans sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Au mois de décembre, le taux de chômage est ainsi reparti à la hausse, atteignant 9% - soit 0,2 point de plus par rapport au mois de novembre - et après quatre mois consécutifs de baisse, a annoncé ce lundi l'Institut national des statistiques. L'augmentation a été plus forte pour les jeunes de 15/24 ans, catégorie qui enregistre un taux de 29,7%, soit une hausse de 0,3 point.
En allégeant leurs mesures de restrictions, les autorités italiennes tablent donc sur une relance de l'économie et de l'emploi dans le pays. Pour le moment, le gouvernement compte sur un plan d'aides de plus de 200 milliards d'euros financés par l'Union Européenne, mais la crise politique actuelle fait peser le doute sur la capacité du pays à le mettre en oeuvre : mardi dernier, la démission du Premier ministre Giuseppe Conte a fait naître une nouvelle incertitude sur la péninsule. Vendredi soir, le président Sergio Mattarella a donné quatre jours aux partis au pouvoir pour négocier, en vue de former un nouveau gouvernement.
Quoi qu'il en soit, les conséquences de l'allègement mis en place par le gouvernement ce lundi ne se sont pas fait attendre : ce week-end, alors même que l'assouplissement avait été annoncé - mais n'était pas encore entré en vigueur -, des milliers de personnes se sont déversées dans les rues et les parcs des grandes villes, conduisant le ministre de la Santé Roberto Speranza à mettre en garde ses concitoyens. "Le classement en zone jaune ne signifie pas que nous avons échappé au danger, il faut encore faire preuve de la plus grande prudence si nous ne voulons pas annuler les progrès accomplis ces dernières semaines", a-t-il indiqué.
