Le monde a longtemps admiré le pragmatisme anglais ou l'art de composer avec la réalité. Et puis le Brexit et l'irruption de Boris Johnson dans la politique britannique ont bouleversé jusqu'au sens des mots. Ce pragmatisme est devenu un art de l'incertitude et même parfois une fâcheuse habitude, celle de revenir sur sa parole. Peu de temps avant le référendum de 2016, ce même Johnson n'avait-il pas préparé deux discours, l'un annonçant qu'il était pour, l'autre qu'il était contre ?
Tout comme son mentor "BoJo", Liz Truss a souvent joué ses décisions politiques à pile ou face, les soutenant ensuite avec une fougue étonnante. Elle fut ardente libérale démocrate en faveur de l'abolition de la monarchie, puis farouche conservatrice royaliste ; proeuropéenne avant de devenir brexiteuse passionnée. Elle se réclame de Thatcher, mais son idée de lancer des baisses d'impôts en période de forte inflation fait frémir les conservateurs les plus orthodoxes, tel l'ancien chancelier de l'Echiquier de la Dame de fer, Norman Lamont, qui l'a prévenue : "C'est une terrible erreur".
L'ombre de BoJo
A quelques jours de sa nomination à Downing Street, elle refuse de dire si le président Français est un ami ou un ennemi. Interrogée sur des aides aux ménages pour payer leur facture de gaz et d'électricité, elle reste tout aussi vague. Sur le protocole nord-irlandais, elle a dit qu'elle rayerait par simple décret l'accord pourtant signé par son pays en 2019, violant ainsi le droit international. Le fera-t-elle vraiment ? Impossible à dire. De la City à Bruxelles, le manque de colonne vertébrale de Liz Truss ne rassure guère. La page BoJo est loin d'être tournée.
