Trois semaines après l'annonce tonitruante de son budget de "croissance", Liz Truss vient de voir chacune de ses décisions économiques annulées par son nouveau chancelier de l'échiquier Jeremy Hunt, nommé en urgence vendredi 14 octobre à la place de Kwasi Kwarteng, ministre de l'économie pendant 38 jours. On se souvient de la réaction dramatique des marchés à la suite de l'annonce du budget du 23 septembre, avec une chute historique de la livre sterling, au plus bas face au dollar depuis plus de 40 ans, et une hausse drastique du cours des emprunts d'État, montrant l'érosion manifeste de la confiance mondiale dans la stabilité économique et politique de la cinquième économie du monde.

Voulant reprendre la main au plus vite, précisément au moment de l'ouverture des marchés en Asie ce lundi matin 17 octobre, Jeremy Hunt a voulu envoyer un message fort et clair : non seulement toutes les baisses d'impôts prévues sont reportées sine die, mais les dépenses publiques notamment en matière d'aides énergétiques ne seront pas aussi généreuses que prévues et ne dureront que six mois au lieu des deux ans initiaux. "Voici ce qu'a produit le Trussisme : l'opposé exact de ce qu'elle visait", commente le politologue Iain Martin.

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Après l'annonce de Jeremy Hunt, le marché des emprunts obligataires a réagi de façon positive. Cependant, pour Mujtaba Rahman, directeur Europe d'Eurasia Group, cabinet de conseil en risque politique, il n'y a pas de quoi pavoiser. "L'incompétence de Truss fait que ce sont les marchés qui imposent désormais leurs décisions au gouvernement britannique."

Une marge de manoeuvre réduite pour Liz Truss

L'OBR, l'office indépendant de responsabilité budgétaire, écarté un temps par Liz Truss, et aujourd'hui invité à continuer son travail par Jeremy Hunt, a récemment estimé à 72 milliards de livres (soit environ 80 milliards d'euros) le trou des finances publiques britanniques. Un trou béant qui ne peut se permettre aucune baisse d'impôts, et donc des recettes de l'État, et très peu de hausses des dépenses. C'est cette image de responsabilité budgétaire et fiscale que le gouvernement britannique, dont il est difficile de dire qui le dirige aujourd'hui, se doit de restaurer aux yeux des électeurs et de l'extérieur. Un sacré défi.

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Pour Liz Truss, c'est d'abord un camouflet dont elle ne se relèvera pas. Cependant, son départ de Downing Street - certainement une question de jours ou de semaines -, dépend entièrement du parti conservateur et de la solution que le comité 1922, en charge des motions de défiance envers le leader, trouvera. Sa marge de manoeuvre semble extrêmement réduite. Le pays n'acceptera pas à nouveau deux mois de vacance du pouvoir, autrement dit le temps nécessaire pour que les 160 000 militants Tories désignent leur candidat. Il n'est pas sûr non plus que le pays accepte un troisième Premier ministre conservateur en trois ans, sans passer par des élections générales anticipées. Les sondages montrent que plus de deux tiers des électeurs ne voient aucune autre porte de sortie à la crise gouvernementale actuelle.

Pourtant, le parti conservateur, très divisé, essaie pour le moment d'imaginer un duo ou trio de "personnalités d'union" pour remplacer Liz Truss le plus vite possible. Rishi Sunak s'est dit prêt à endosser les habits de Premier ministre, tout comme Penny Mordaunt, présidente de la Chambre des Communes, qui prendrait le poste de ministre des Affaires étrangères, et enfin le populaire Ben Wallace, qui resterait au ministère de la Défense. Encore faut-il que les Conservateurs se mettent d'accord.

Ces dernières semaines, ce sont les médias conservateurs qui ont le mieux parlé des frasques du parti Tory. Tel Christopher Hope du Daily Telegraph : "quand d'autres se mettent à l'abri de la tempête mondiale, le gouvernement britannique, lui, s'est mis à poil, a dansé la gigue sous une pluie torrentielle et n'a pas compris quand la foudre l'a foudroyé."