Rien n'est joué ! Armin Laschet, que l'on voyait s'enfoncer inexorablement dans les sondages, a opéré une légère remontée depuis 10 jours. Désormais à 2 points derrière le Parti social-démocrate (SPD), crédité de 25 % dans les sondages, les conservateurs de la CDU espèrent retourner la situation dans les dernières heures de la campagne avec l'aide d'Angela Merkel. La chancelière a finalement décidé de voler au secours d'un candidat très affaibli alors qu'elle avait décidé de se tenir à l'écart de la campagne.
Recette éprouvée
Armin Laschet avait gagné de la même façon la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qu'il dirige depuis 2017, face à une candidate social-démocrate très populaire. A l'époque, la CDU était également donnée perdante dans les sondages. Angela Merkel était venue lui apporter son soutien la veille du scrutin. "Comme cette recette a été pleine de succès, nous allons la répéter pour cette élection", a-t-il déclaré plein d'espoir. Merkel sera donc présente samedi à Aix-la-Chapelle, la ville de Laschet, pour le dernier meeting de la campagne.
L'objectif est de produire des images d'harmonie renforçant l'idée qu'Armin Laschet est bien l'héritier naturel de Merkel - et non Olaf Scholz. En effet, son adversaire social-démocrate s'est approprié habilement le rôle de l'héritier avec une campagne de publicité très réussie avec un slogan sans équivoque : "Il [Olaf Scholz] peut être chancelière". Il s'est également octroyé le losange de Merkel, que la chancelière forme avec ses mains sur le ventre, en se faisant photographier avec la même attitude sur la première page d'un magazine. Une "captation d'héritage", attaque la droite.
Le "bonus Merkel"
Alors que l'écart entre les candidats est devenu extrêmement faible, avec une marge d'erreur de 2 à 3 points, le "bonus de la chancelière" pourrait faire la différence. "La partie entre la CDU et le SPD est loin d'être gagnée", insiste Uwe Jun, politologue à l'université de Trèves.
Armin aschet peut en effet récupérer au cours des prochaines heures des électeurs déçus par son comportement pendant les inondations de Rhénanie (un fou rire pendant un hommage aux victimes), mais aussi par l'éjection de Markus Söder lors de l'investiture, bien plus populaire que lui. Ces électeurs sont nombreux : la CDU était à 36% en janvier contre 22% à deux jours du scrutin. "Partis chez les écologistes, ils pourraient revenir au dernier moment à la CDU, parce que déçus par les Verts", analyse Manfred Güllner, sociologue et directeur de l'Institut Forsa.
Mobiliser les indécis
Il compte aussi mobiliser les indécis, encore très nombreux à la veille du scrutin. Selon le baromètre politique publié vendredi 24 septembre par la seconde chaine de télévision publique (ZDF), 35% des électeurs ne savaient pas encore s'ils allaient voter et pour quel parti. "Leur mobilisation sera déterminante pour Laschet", estime Andrea Römmele, politologue à l'Hertie School of Governance à Berlin.
"Parmi les indécis, nous avons plus d'électeurs conservateurs que de sociaux-démocrates (...) Il n'est pas impossible que la mobilisation dans les dernières heures puisse réduire l'écart", abonde Manfred Güllner. Par ailleurs, le vote par correspondance pourrait aussi apporter un avantage. "Cette procédure de vote profite en général aux conservateurs", explique Nico Siegel, directeur de l'institut de sondages Infratest-dimap.
Enfin, sa campagne des "chaussettes rouges" (le retour du communisme) pourrait porter ses fruits auprès d'électeurs effrayés par la perspective d'un "front de gauche" entre le SPD, les écologistes et la gauche radicale (Die Linke). Cette méthode fait moins recette que pendant la guerre froide, mais pourrait faire la différence dans les isoloirs. En 2005, Merkel avait gagné avec quelques milliers de voix d'avance sur le SPD.
