L'offre avait singulièrement rafraîchi les relations entre la Maison-Blanche et Copenhague. A l'été 2019, le président américain, Donald Trump, avait proposé que les Etats-Unis rachètent le Groenland, territoire autonome sous souveraineté danoise. Du côté de l'île de 56 000 habitants, quatre fois plus grande que la France, un certain pragmatisme l'emportait. "Nous ne sommes pas à vendre", avait répliqué, sur Twitter, le gouvernement local, en précisant cependant être "prêts à faire des affaires".
L'intérêt des grandes puissances pour le Groenland et les richesses de son sous-sol a justement inspiré Adam Price, créateur de la série danoise Borgen. Après neuf années d'absence, cette fiction politique, acclamée par la critique et diffusée dans plus de 70 pays, revient pour une quatrième saison plus sombre et plus internationale, accessible à partir du 2 juin sur la plateforme Netflix. On y retrouve son héroïne, Birgitte Nyborg (interprétée par Sidse Babett Knudsen), centriste rouée et ambitieuse, à la tête du ministère des Affaires étrangères du royaume nordique, après en avoir été la Première ministre lors des deux premières saisons.
Au coeur, cette fois-ci, de l'histoire : la découverte d'un gisement de pétrole au large du Groenland. Pour le gouvernement local, ce butin est le meilleur moyen de s'émanciper du colonisateur danois. Avec maestria, ces nouveaux épisodes évoquent une menace militaire russe, la pression constante de l'allié américain et l'appétit du régime communiste chinois pour les matières premières, tout en insistant sur les dommages environnementaux des activités humaines. Autant de thématiques en résonance avec la situation singulière du Groenland.
"Depuis une loi sur l'autonomie de 2009, les élus insulaires ont la main sur les ressources (hydrocarbures, métal, pierres précieuses), rappelle Mikaa Mered, secrétaire général de la chaire outre-mer de Sciences po Paris et auteur des Mondes polaires (PUF, 2019). Mais la question de leur exploitation a eu tendance à faire et défaire ses gouvernements." Lors du tournage de la dernière saison de Borgen, le projet d'une mine de terres rares et d'uranium sur le site de Kvanefjeld, mené par une société australienne soutenue par un groupe chinois, a ainsi provoqué la chute de l'exécutif en place.
Issu des élections d'avril 2021, le nouvel exécutif a mis un terme à tout projet d'extraction d'uranium sur l'île - à cause des risques de radioactivité. "Une nouvelle génération politique s'impose au Groenland et elle n'est pas prête à sacrifier son environnement ou son identité pour accéder à l'indépendance", fait valoir Mikaa Mered. Le Premier ministre, Mute Egede, s'est engagé à ratifier l'accord de Paris. Il a aussi fait passer une loi interdisant toute prospection pétrolière. Un changement de cap à rebours du scénario de Borgen.
