Collins Tagnigou, infirmier et coordinateur des services cliniques et d'anesthésie à l'hôpital général Qikiqtani, à Iqaluit, soigne en trois langues : anglais principalement, français et inuktitut, la langue des Inuits, largement majoritaires dans le Territoire du Nunavut, qui compte près de 40 000 habitants. Depuis son arrivée en famille en 2017, après des études en Italie et plusieurs années à Montréal, il a en effet appris "quelques mots, quelques phrases d'inuktitut, dit-il. Mais pour les soins à domicile, j'ai besoin d'un traducteur".
L'hôpital dispose également d'une traductrice pour le français. Car les francophones - Québécois, Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, Afro-Canadiens - sont assez nombreux : sur les 7700 habitants d'Iqaluit, la capitale, environ 550 déclarent le français comme langue maternelle. L'école des Trois-Soleils, où travaille l'épouse de Collins Tagnigou, accueille une centaine d'enfants et prodigue un enseignement en français.
Besoin de main-d'oeuvre
Les francophones sont aussi réunis dans des associations, telles que le Résefan, qui a pour mission de contribuer au bien-être et à l'amélioration de la santé des francophones du Nunavut, l'Association des francophones du Nunavut et Carrefour Nunavut, qui veille au développement économique du Territoire et à l'embauche de nouveaux venus. "Nous avons des pénuries dans de nombreux secteurs : la construction, car les logements manquent, l'éducation, les mines, le tourisme, déclare Charlotte Lapôtre, chargée de la communication et des projets spéciaux pour Carrefour Nunavut. Mais la santé revêt un enjeu particulier." Car les besoins sont grands et le déficit en personnel est évident, d'autant qu'il n'y a pas, sur place, la possibilité de se former dans le secteur : il faut aller à Ottawa ou ailleurs.
"Les Inuits forment une communauté particulièrement soudée et leur culture, très riche, a encore du mal à s'adapter à certains aspects techniques. En outre, la perspective, pour les jeunes, de se retrouver seuls dans le Sud les fait reculer. Cela commence toutefois à changer", relève cette Bourguignonne, installée sur place depuis février 2020, à l'issue de son Permis Vacances Travail.
Perspectives de carrière
En attendant, Collins Tagnigou fait deux journées en une, de même que la poignée de soignants, notamment aux urgences. Pas étonnant que le Nunavut souhaite accueillir des médecins et infirmiers venus d'ailleurs ! "Comme nous avons une unité de soins couvrant l'ensemble des besoins des patients, de la chirurgie à la pédiatrie en passant par les accouchements, les soignants auront une très bonne polyvalence et donc une grande employabilité."
"Encore plus que le reste du Canada, le Nunavut est un lieu où l'on peut se développer professionnellement et personnellement. J'en suis moi-même l'illustration puisque j'ai pris un poste plus élevé ici qu'au Québec", fait valoir Collins Tagnigou. Outre les perspectives de carrière, les salaires, compte tenu d'un coût de la vie élevé, sont meilleurs et le système de retraite généreux. Sans oublier la satisfaction d'être utile à la collectivité que ressent Collins Tagnigou.
Esprit de communauté
"Il faut certes apprivoiser le froid et la nuit polaire, aimer la chasse, la pêche et les randonnées, mais les paysages sont magnifiques", ajoute-t-il. Et puis, il y a cet esprit de communauté, qui lui rappelle son Cameroun natal. "Certains de mes patients m'embrassent quand ils me voient au supermarché, ou viennent à l'hôpital m'apporter du poisson qu'ils ont pêché", témoigne-t-il. Et il ne s'inquiète jamais lorsque ses trois enfants jouent dehors. "S'il y a un problème, la communauté veillera ; ici, l'entraide est le maître mot." Grâce à cela, Charlotte Lapôtre se sent aussi chez elle, désormais. "En plus de la nature à portée de main, Iqaluit dispose d'un cinéma, d'une piscine, d'une bibliothèque, et propose des activités gratuites en tous genres", énumère-t-elle. Comme la famille Tagnigou, elle compte bien en profiter longtemps.
