La chancelière allemande, au cours de ses seize années de pouvoir, a connu 4 présidents de la République française, 4 présidents américains, 5 Premiers ministres britanniques, 8 présidents du conseil italiens, autant de Premiers ministres japonais, 2 présidents russes et 2 chinois...
Autant dire que les G7, les G20 ou les sommets européens, Angela Merkel connaît par coeur : celle que la presse étrangère surnomme "l'impératrice de l'Europe" s'est imposée, avec son goût du compromis, sa patience légendaire et ses tailleurs colorés, comme une figure incontournable de la scène internationale. C'est en tout cas ce que reconnaissent les Européens dans un récent sondage publié par l'European Council on Foreign Relations.
La chancelière, souvent critiquée pour son immobilisme et son absence d'initiative en matière diplomatique, affiche pourtant un bilan plus qu'honorable. Non seulement les Européens n'ont désormais plus peur de la puissance germanique, mais la population allemande est désormais prête à assumer ses responsabilités sur la scène internationale.
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Discours fondateur
Une mutation en profondeur, qui s'est opérée sous l'ère Merkel. "Une conscience géopolitique émerge au sein des jeunes générations, et elle aura des implications importantes", observe Alexandre Robinet-Borgomano, auteur, avec Marion Van Renterghem, d'une note très complète sur l'Allemagne post-Merkel pour l'Institut Montaigne. Alors que la rusée chancelière faisait souvent passer les intérêts économiques avant les considérations géopolitiques, son ou sa successeur(e) suivra certainement une ligne moins ambiguë et "ne pourra faire l'impasse d'un discours fondateur sur les contours de l'Europe de demain", poursuit l'expert.
Fini, la politique merkélienne des petits pas. Seul un couple franco-allemand engagé pourra faire avancer un projet européen qui n'a jamais semblé aussi existentiel. Et ce, quel que soit le nouveau chancelier allemand. A ceux qui en doutent, le revers cuisant de la France dans la zone indopacifique et le mépris insupportable du président américain pour son "allié européen" sont là pour nous le rappeler.
