Plus les libertés des antivax se réduisent, plus les exactions du "mouvement anticonformiste" (Querdenken) prennent de l'ampleur en Allemagne. Avec l'obligation vaccinale et le quasi-confinement des non-vaccinés, désormais interdits d'accès dans la plupart des lieux publics, hormis les commerces "essentiels", Olaf Scholz a pris le risque de la confrontation. L'ancienne chancelière, Angela Merkel, n'avait jamais osé attaquer les antivax.

Alors qu'il avait été critiqué pour son manque de réactivité pendant la période de transition politique, Olaf Scholz a décidé d'en finir avec l'indulgence du précédent gouvernement et de riposter : "L'Allemagne n'est pas divisée. Elle est prise en otage par une minorité", a-t-il déclaré lors de son premier discours de politique générale à l'assemblée fédérale (Bundestag), mercredi.

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Le nouveau chancelier accuse les antivax de vouloir déstabiliser la cohésion sociale du pays. "Cette minorité ne s'est pas seulement détournée de la science, de la rationalité et de la raison, mais aussi de notre société, de notre démocratie, de notre communauté et de notre Etat", a-t-il asséné. Cette véhémence a surpris tout le monde, car Olaf Scholz a plutôt l'habitude de nuancer ses propos. La société allemande ne se laissera pas intimider par une "infime minorité désinhibée et chargée de haine. (...) Nous nous opposerons avec tous les moyens dont dispose l'Etat de droit. Notre démocratie est une démocratie qui sait se défendre."

Néonazis et conspirationnistes

Equivalent des antivax français, le mouvement Querdenken est très difficile à définir. Il rassemble, selon les régions, des néonazis, des membres du groupuscule d'extrême-droite "Citoyens du Reich" - les Reichsbürger, qui ne reconnaissent ni la légitimité de la République fédérale, ni les frontières fixées en 1945 -, mais aussi des conspirationnistes, des hooligans ou des personnes issues de milieux ésotériques, notamment dans les régions où l'extrême droite est forte.

"Ce mouvement, très diffus, va se radicaliser avec l'entrée en vigueur de l'obligation vaccinale [prévue pour début mars]. Les manifestants ont pris beaucoup d'assurance et sont devenus très agressifs", pense le sociologue Dieter Rucht, professeur émérite de l'Université libre de Berlin (FU), spécialisé dans les mouvements de protestations. "Parmi eux, nous avons aussi des personnes qui sont tout simplement inquiètes pour leur avenir. Mais elles défilent sans scrupules aux côtés des néonazis. Ce qui les rassemblent, c'est leur haine des élites politiques", explique-t-il.

Menaces de mort

Elus et journalistes reçoivent régulièrement des menaces de mort. A Berlin, la police a ouvert des lettres accompagnées de morceaux de viande emballés avec l'inscription suivante : "contaminés par le virus Covid-19 et par le Zyklon B", un pesticide utilisé par les nazis pour gazer les Juifs dans des camps d'extermination.

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Les manifestations - pourtant interdites pour des raisons sanitaires - ont lieu dans toute l'Allemagne et ne sont pas seulement concentrées dans les deux bastions antivax de Saxe ou de Thuringe. A chaque fois, les manifestants ne respectent aucune règle sanitaire et jouent au jeu du chat et de la souris avec la police en coordonnant leurs actions sur les réseaux sociaux. Ils se comparent aux défenseurs des droits civiques de la révolution pacifique de 1989 en RDA. Le nombre d'opposants radicalisés, prêts à utiliser la violence, se situerait entre 15 000 et 20 000, selon Sebastian Fiedler, le patron du Syndicat des agents de la police criminelle.

La police est accusée d'avoir trop longtemps ignoré cette menace. "Les tergiversations des autorités ont encouragé les protestataires à descendre dans la rue et à y rester", accuse Benjamin Winkler, de la Fondation antiraciste Amadeu-Antonio. Le chancelier a en effet réagi après les projets d'attentat contre le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer, qui s'était prononcé en faveur de la vaccination. Plus de 140 policiers ont effectué des perquisitions, mercredi, aux domiciles de plusieurs membres qui se retrouvaient sur la messagerie sécurisée Telegram. Et le week-end dernier, les antivax se sont rassemblés devant la maison de la ministre de l'Intérieur de Saxe, Petra Köpping (SPD). Munis de flambeaux pour l'intimider, ils faisaient clairement référence aux démonstrations de force des défilés nazis des années 30.