C'est ce qu'on appelle en anglais hit the ground running, autrement dit démarrer sur les chapeaux de roues. Quelques heures après sa nomination au poste de ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement de Boris Johnson, Liz Truss, 46 ans, préparait d'une main ses valises pour l'assemblée générale des Nations unies à New York, et prenait de l'autre au téléphone ses homologues australien et américain, Marise Payne et Antony Blinken, pour gérer les retombées immédiates de la toute nouvelle alliance stratégique, Aukus, signée entre les Etats-Unis, l'Australie et la Grande-Bretagne. Le tout, entre une rencontre avec le président de la région kurde d'Irak, Netchirvan Barzani, et une autre avec Mohammed ben Zayed, prince héritier d'Abu Dhabi. La ministre la plus populaire du parti conservateur britannique trouvait même le temps de signer une tribune dans le quotidien favori des Tories, le Daily Telegraph, intitulée : "La Grande-Bretagne globale plante son drapeau sur la scène mondiale".

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Car si à Paris on estime que Boris Johnson a rallié le pacte tripartite par "pur opportunisme", comme l'a dit le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune, à Londres, en revanche, le gouvernement prend soin de présenter l'alliance comme l'une des victoires concrètes du Brexit et de son fameux let's take back control ("reprenons le contrôle"). Ou, dans les mots de Liz Truss dans le Daily Telegraph : "Nos libertés doivent être défendues. A cet effet, nous construisons des alliances de défense à travers le monde [...]. Avec Aukus, nous utiliserons des technologies de pointe, du sous-marin à propulsion nucléaire à l'intelligence artificielle en passant par le calculateur quantique." Avant de conclure dans un roulement de tambour : "Voici Global Britain en action ! [...] Le meilleur est à venir." Jamais elle ne mentionne la France ou la Chine. Et Liz Truss de s'engouffrer dans l'avion de la Royal Air Force pour New York.

Chantre du "Global Britain"

Sept heures plus tard, Truss postait une photo d'elle marchant d'un pas décidé sur le tarmac de l'aéroport dans les rayons du petit matin, en chemise à lavallière et veste rouge à boutons dorés. Derrière elle, un militaire américain fait le salut militaire. Juste le temps de se changer, et la voici à petit-déjeuner avec... Henry Kissinger. Avant d'enchaîner les réunions bilatérales dans les bureaux de la mission de Grande-Bretagne aux Nations unies avec ses homologues indonésien, jordanien, américain, turc, égyptien, indien, australien et canadien. Pour, enfin, accompagner Boris Johnson auprès de Kamala Harris et Joe Biden.

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Il faut dire qu'à côté de Dominic Raab, son prédécesseur, qui exigeait de n'être dérangé sous aucun prétexte, qu'il soit en vacances, en famille ou à la gym, même lors de la chute de Kaboul, Liz Truss ne ménage ni sa peine ni son énergie. Celle qui fit campagne pour le maintien dans l'UE avant d'embrasser la cause du Brexit au ministère de l'Economie sous Theresa May, puis au Commerce extérieur dans le premier gouvernement Johnson offre le visage volontaire de cette "Grande-Bretagne globale" chère à "Bojo". À défaut d'avoir une stratégie plus consistante.