"L'école n'est pas un virus !" C'était l'un des slogans forts scandés par les parents, les professeurs et les étudiants, vendredi 16 octobre à Naples, protestant main dans la main contre la fermeture de tous les établissements scolaires de la Campanie jusqu'au 30 octobre, du primaire à l'université. Une décision drastique et assumée par le gouverneur de la région, Vincenzo De Luca, face à la progression de l'épidémie - et notamment la hausse du nombre de contamination. La région compte au total 25.819 cas positifs, dont 1376 cas supplémentaires dimanche 18 octobre, soit plus de 700 nouvelles contaminations par rapport à la semaine dernière.
"Les demi-mesures ne servent plus à rien, expliquait-il, lors de l'un de ses emblématiques Facebook live. Plus tôt nous agissons, mieux ce sera. Si nous tardons trop, nous serons obligés de prendre des mesures encore plus graves, cette fois le couteau sous la gorge." Des justifications qui ont du mal à passer au sein du gouvernement de Giuseppe Conte, provoquant notamment la réaction furieuse de la ministre de l'Instruction, Lucia Azzolina, qui parle "d'une décision gravissime, profondément erronée, le pire choix que l'on pouvait prendre". Si le président du Conseil prônait l'uniformité et la collaboration entre les régions, Vincenzo de Luca en a décidé autrement. Le gouverneur du parti démocrate, réélu en septembre dernier, connu pour son franc-parler et sa fermeté durant le confinement, n'a jamais hésité à agir en solo et à durcir les mesures de l'État lorsque la situation devenait préoccupante.
"Ne pas sacrifier l'école"
Face à cette prise de position suscitant de vives polémiques, les manifestants rassemblés au sein du comité "Priorita alla scuola" (priorité à l'école) comptent bien se battre. Débutées à Naples, les protestations pourraient gagner les autres régions. "Nous sommes horrifiés par cette ordonnance, rapporte Costanza Margiotta, porte-parole national du mouvement qui ne cache pas son exaspération. L'école est prise comme bouc émissaire, alors que cet endroit est le plus sûr. Il a suivi tous les protocoles sanitaires à la lettre. Le problème se trouve ailleurs : dans les transports, mais aussi dans la détection et la traçabilité du virus, qui prennent encore trop de temps."
Colère, indignation et incompréhension se succèdent, d'autant que la Campanie fait partie des régions italiennes qui ont repoussé au maximum la rentrée scolaire (jusqu'à la fin du mois de septembre) et que l'Italie, de manière générale, a adopté un protocole sanitaire strict (distanciation, port du masque dès 6 ans, heures d'arrivées échelonnées, etc.). "L'école ne peut pas être sacrifiée, poursuit Costanza Margiotta. Lieu d'instruction, elle est aussi un lieu d'agrégation social et culturel, de transformation et d'épanouissement. Nous ne pouvons pas laisser perdre à nos enfants une année scolaire de plus, le risque de décrochage ou d'abandon est trop grand, surtout dans les zones les plus pauvres comme le sud du pays." C'est d'ailleurs dans le Mezzogiorno que les systèmes sanitaires sont les plus fragiles, les plus précaires et les moins équipés. Si la région avait réussi à résister à la première vague dramatique, elle va avoir du mal à affronter la seconde vague pandémique, l'organisation sanitaire étant déjà à bout de souffle.
