Samedi dernier, un étudiant de 20 ans, employé d'une station-service a été abattu par un client qui refusait de porter un masque anti-Covid au moment de payer ses bières. L'auteur présumé, un homme de 49 ans, s'est rendu le lendemain à la police. Selon le procureur, l'accusé a déclaré qu'il se sentait "acculé" par les mesures de restrictions sanitaires, qu'il vivait comme une "atteinte croissante à ses droits."
Le fait divers a provoqué un vif émoi dans le pays, à une semaine des élections législatives marquant la fin de l'ère Merkel. La chancelière allemande a condamné, par la voix de sa porte-parole, un meurtre "horrible" et dénoncé une "violence qui laisse sans voix." Les principaux candidats à sa succession ont exprimé de vives condamnations. Olaf Scholz, le candidat social-démocrate (SPD), s'est dit sur Twitter "très choqué que quelqu'un ait été tué parce qu'il voulait se protéger et protéger les autres."
Le favori pour les élections de dimanche a directement mis en cause le mouvement des "Querdenker", les "libres penseurs" en français, vivement opposés à la politique sanitaire du gouvernement allemand. "Ce sont ceux qui tiennent des discours incendiaires, qui divisent, qui ont finalement contribué à alimenter un climat dans lequel cet acte est devenu possible dans l'esprit de cet homme", a déclaré Olaf Scholz, mercredi, à Cologne.
"La violence n'est pas un moyen"
"Je suis choquée par le terrible meurtre d'un jeune homme qui ne demandait qu'à suivre les règles en vigueur, à être prudent et à faire preuve de solidarité", a de son côté réagi la candidate écologiste, Annalena Baerbock.
"Toutes ces agressions et toute cette violence, aussi dans la parole, doivent prendre fin, a déclaré le candidat conservateur du parti d'Angela Merkel, Armin Laschet. C'est pourquoi j'en appelle à tous ceux qui ont un avis différent : la violence n'est pas un moyen." Le candidat CDU-CSU, impopulaire après plusieurs faux pas durant ces derniers mois, a été la cible de critiques après la diffusion d'un clip de campagne dans lequel un anti-masques interrompait son discours. Le commentaire suivant accompagnait les images : "D'abord réfléchir, puis discuter. Discuter avec ceux qui ont une attitude critique. Oui, avec eux, tout à fait." De quoi provoquer de vives réactions chez les opposants d'Armin Laschet, qui ont réclamé dans la foulée le retrait du clip.
Déjà présent dans la campagne, le sujet des anti-masques pourrait de nouveau s'inviter lors du dernier débat télévisé, ce jeudi soir. Le parti d'extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), à la traîne dans les intentions de vote, tente déjà de mobiliser les réfractaires aux mesures sanitaires. Un discours dénoncé par des parlementaires du Bundestag, qui accuse l'AfD de cautionner les discours les plus radicaux.
"Haine et harcèlement"
Le meurtre de samedi a réveillé la crainte d'une radicalisation du mouvement des anti-masques, très présent en Allemagne. La mouvance des "Querdenker" a été directement mise en cause par le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas dans le meurtre, même si l'appartenance de l'auteur présumé à cette mouvance n'a pas encore été établie. Mais, souligne Jasper von Altenbockum, rédacteur en chef au service politique du Frankfurter Allgemeine Zeitung, "l'extrémisme de droite sait très bien exploiter ce courant à ses propres fins." "La haine et le harcèlement de ces personnes incorrigibles divisent notre communauté et tuent des gens, a ajouté le ministre des Affaires étrangères. Ils n'ont pas leur place dans notre société."
Signe de l'inquiétude des autorités allemandes, le mouvement des "Querdenker" est surveillé par les services de renseignement. Si le meurtre de samedi est un "acte isolé", selon un porte-parole du ministre de l'Intérieur cité par des médias allemands, des membres du mouvement ont été mis sur écoute dès le mois d'avril, selon le New York Times. Des informateurs auraient également été recrutés.
