La succession d'Angela Merkel se joue ce dimanche en Allemagne. Les électeurs votent aux législatives pour arbitrer un match serré entre sociaux-démocrates et conservateurs, après seize ans de pouvoir de la chancelière.

Quelque 60,4 millions d'électeurs ont jusqu'à 18 heures pour élire leurs députés et environ 40% se disaient encore indécis à quelques jours de ce vote crucial pour la première économie européenne. Le pronostic est encore rendu plus compliqué par le poids du vote par correspondance, privilégié par nombre d'électeurs - dont Angela Merkel, 67 ans qui va quitter la scène politique après quatre mandats.

LIRE AUSSI : Allemagne : ces défis que devra relever le futur successeur de Merkel

Six partis sont crédités de plus de 5% d'intention dans les urnes : les chrétiens-démocrates sortants (CDU/CSU), le parti d'extrême droite AFD, les libéraux (FDP), les Verts, le SPD et Die Linke, la gauche radicale. L'Allemagne est actuellement gouvernée par une grande coalition entre la CDU et le SPD. Si les sociaux-démocrates l'emportent, comme le prédisent les sondages, ils auront besoin de s'allier à un ou deux autres partis pour gouverner. Idem pour la CDU, si elle déjoue les pronostics : aucun des deux grands partis n'est donné à plus de 30% des intentions de vote. Cinq coalitions sont possibles - et aucune ne comprendra l'AfD : les autres partis ont tous rejeté une potentielle alliance.

Les coalitions possibles en Allemagne

Les coalitions possibles en Allemagne

© / AFP

La coalition "Allemagne" ou la coalition "Kenya"

Le gouvernement sortant relève déjà d'une alliance entre le SPD et la CDU, les deux partis majoritaires d'Allemagne. Ils pourraient s'allier avec le FDP dans une majorité centriste ("Allemagne", d'après le rouge des sociodémocrates, le jaune des libéraux et le noir des chrétiens-démocrates). Ou bien avec les écologistes (coalition "Kenya"). Mais le SPD comme les Verts ont rejeté l'option d'une coalition avec la droite, et Anna Baerbock et Olaf Scholz ont tous deux affirmé leur souhait d'un gouvernement progressif, sans les conservateurs.

La coalition "Feu tricolore"

Elle est considérée comme la plus probable, si Olaf Scholz arrive en tête des scrutins ce soir. Il s'agirait d'une alliance entre le SPD, les libéraux et les Verts, qui disposeraient alors d'une large majorité. Les trois partis gouvernent ensemble le Land de Rhénanie-Palatinat, à l'ouest du pays, à la frontière avec le Luxembourg.

Mais il "risque d'être compliqué, notamment pour les Verts, de s'accorder avec le FDP", estime Isabelle Borucki, professeure en sciences politique à l'Université de Siegen (Allemagne), interrogée par France info. Christian Lindner, le patron du FDP, avait déclaré en mars dernier qu'il pensait difficilement envisageable une alliance au niveau fédéral. "Où sont les points communs en termes de politique économique ?, avait-il dit à la chaîne télé ZDF. Ils veulent plus de dette et des impôts plus importants, nous voulons sortir de la dette et moins taxer."

La coalition "Jamaïque"

Les libéraux pourraient aussi jouer un rôle important en cas de victoire d'Armin Laschet. La coalition la plus probable verrait alors le FDP et la CDU s'allier aux verts, dans une alliance entre le centre gauche et le centre droit. Là encore, cet accord existe déjà au niveau régional : le Land du Schleswig-Holstein, au nord du pays, est dirigé par une telle alliance. En 2017, les trois partis avaient déjà tenté des tractations ; mais le FDP avait quitté les négociations, les désaccords avec les Verts étant trop importants.

La coalition "Rouge-rouge-verte"

En cas de victoire d'Ola Scholz, une coalition de gauche, entre le SPD, les Verts et Die Linke, le parti de la gauche radicale, est également possible. Elle existe au niveau régional, dans le Land de Thuringe (au centre de l'Allemagne, depuis 2014) et municipal, dans la ville de Brême. Mais les trois partis ne sont, là encore, pas d'accord sur tout - Die Linke souhaite notamment une sortie de l'Otan.

Par ailleurs, le parti de gauche radicale fait souvent l'objet de débats pour ses positions et ses liens avec l'extrême gauche allemande. Les conservateurs agitent d'ailleurs l'épouvantail d'une coalition "trop" à gauche ; Armin Laschet a plusieurs fois affirmé qu'un vote pour Olaf Scholz était un vote pour l'extrême gauche. Angela Merkel elle-même a encouragé les électeurs à voter pour la CDU pour éviter la gauche, début septembre.

LIRE AUSSI : Allemagne : et si Merkel était toujours chancelière à Noël ?

Quels que soient les résultats ce soir, les tractations seront probablement longues, et pourraient durer plusieurs mois. Peut-être termineront-elles même par une nouvelle union du SDP et de la CDU dans une "grande coalition" ? Mais les deux partis semblent lassés de travailler ensemble.

Quoi qu'il en soit, le profil du gouvernement aura des conséquences sur la politique internationale de l'Allemagne. Le pays serait plus enclin à la solidarité financière en Europe avec un gouvernement dominé par les sociaux-démocrates et Verts qu'avec les conservateurs et Libéraux. Ces derniers sont plus favorables à des missions militaires à l'étranger que la gauche. L'évolution du couple franco-allemand, qui a parfois connu des ratés du temps d'Angela Merkel, dépendra aussi de l'équation finale - et du vote des Français, qui se rendront aux urnes, en avril 2022.