Au lendemain des élections législatives, l'avenir politique de l'Allemagne est ponctué d'incertitudes. Les conservateurs de la CDU ont certes essuyé un revers en arrivant à la deuxième place avec un score historiquement bas de 24,1% des voix (contre 32,9% en 2017), face aux 25,7% de suffrages pour le parti des sociaux-démocrates (SPD) d'Olaf Scholz, mais le parti d'Angela Merkel revendique toutefois la formation d'un gouvernement de coalition. "En Allemagne, le chancelier n'a pas toujours appartenu au parti arrivé en tête des élections", n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler dimanche soir le candidat déçu Armin Laschet. Le pays a vu par trois fois déjà ce scénario se produire.
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Olaf Scholz n'entend pas pour autant abandonner sa place à la Chancellerie. Selon lui, les conservateurs doivent aller dans l'opposition. "La CDU et la CSU [parti frère bavarois] n'ont pas seulement perdu des voix, mais elles ont en fait reçu le message des citoyens qu'elles ne devraient plus être au gouvernement mais dans l'opposition", a-t-il déclaré au siège de son parti. "Les électeurs se sont exprimés très clairement et ont dit qui devrait former le prochain gouvernement en renforçant trois partis : les sociaux-démocrates, les écologistes et les libéraux du FDP", a ajouté l'actuel vice-chancelier et ministre des Finances de 63 ans.
Les exemples Brandt et Schmidt
Il faut d'abord savoir que le chancelier n'est pas élu directement par les citoyens mais par les membres du Bundestag, le parlement allemand. Tout dépend des alliances et des soutiens de chaque parti. Ainsi, après les législatives de 1969, 1976, puis 1980, c'est le candidat du SPD qui a été élu chancelier, malgré sa défaite face à la CDU-CSU. Les alliances étaient alors différentes, le Bundestag était seulement composé de trois groupes parlementaires, et les libéraux du FDP soutenaient à l'époque le parti des conservateurs, lui apportant le nombre de voix nécessaire pour constituer une majorité au Parlement.
En 1969, après vingt ans de gouvernance de la droite, Willy Brandt est ainsi nommé chancelier, alors qu'il avait remporté 42,7?% des voix, contre 46,1% pour le chancelier sortant Kurt Georg Kiesinger. Helmut Schmidt, arrivé au pouvoir en 1974 après la démission de Willy Brandt n'a lui réussi à remporter aucune élection fédérale lors desquelles il était engagé. A chaque fois pourtant, il était considéré comme le candidat le plus fort. Face à Helmut Kohl en 1974 et Franz Josef Strauß en 1980, son parti du SPD arrive en deuxième position derrière les Unions chrétiennes. Mais celles-ci ne parviennent pas à décrocher la majorité absolue. Schmidt est donc reconduit au pouvoir par la coalition entre sociaux-démocrates et libéraux.
Des négociations difficiles
Pour que l'occasion se présente une nouvelle fois, il faudrait que la CDU-CSU récolte les suffrages du FDP qui a enregistré 11,5% des voix. Mais pas seulement. Afin que l'un des deux partis en tête parvienne à une majorité parlementaire, ils doivent également séduire l'électorat des Verts arrivés en troisième position avec 14,8% des voix. Les conservateurs et les libéraux se disputeront vraisemblablement le soutien de ces partis essentiels à leur bonne gouvernance. Mais à quel compromis est prêt le FDP, marqué à droite, pour gouverner avec les écologistes, ses "adversaires préférés" ?
Inflexible sur l'orthodoxie budgétaire, hostile aux hausses d'impôts et à la régulation de l'Etat, la ligne du FDP semble peu conciliable avec celle des Verts qui veulent relever le salaire minimum, taxer les plus riches, investir des milliards d'argent public dans la transition écologique. La tâche ne sera pas facile, d'un côté comme de l'autre, pour mettre d'accord trois groupes parlementaires, aux idées parfois diamétralement opposées. Les deux partis juniors ont ainsi le sort de leurs aînés entre les mains. A condition qu'ils arrivent à surmonter leurs propres divergences.
