À première vue, la situation sanitaire au Danemark s'améliore. Depuis la mise en place de mesures de semi-confinement au mois de décembre, le nombre de contaminations quotidiennes a fortement diminué dans ce pays de 5,8 millions d'habitants. Mercredi, les autorités sanitaires ne recensaient ainsi que 470 nouvelles infections au Covid-19, contre 4508 lors du pic enregistré le 18 décembre dernier.
Mais lorsqu'on se penche sur le cas du variant anglais, l'image s'assombrit. Malgré la fermeture des commerces non essentiels, bars et restaurants, jusqu'au 28 février au moins, la mutation du virus gagne rapidement du terrain. Pionnier dans le séquençage du virus, le Danemark a analysé la semaine dernière le matériel génétique de plus de la moitié de ses nouveaux cas positifs.
30% de variants anglais dans les nouveaux cas
Et les résultats sont mauvais. Selon les données du Statens Serum Institut (SSI) - l'organisme danois en charge de la surveillance du virus -, le variant B117 (dit variant anglais), représente aujourd'hui près de 30% des nouveaux cas diagnostiqués dans le pays. Et son taux de croissance est de plus de 70% chaque semaine.
"On estime qu'il représentera plus de 50% des cas d'ici mi-février. Et qu'il va continuer à rester dominant après cette date", prédit Camilla Holten Møller, spécialiste en modélisation épidémiologique du SSI à Copenhague. Concrètement, cela signifie que le variant B117 est en train de prendre la place des autres souches en circulation dans le pays.
Or ce remplacement est tout sauf anodin, alors que la mutation britannique rendrait le virus 40 à 80% plus contagieux, selon différentes estimations. "Cette progression du variant est inquiétante en ce qui concerne l'évolution de la situation sanitaire dans les semaines à venir", commente sombrement Camilla Holten Møller. En dépit d'un maintien des restrictions, l'épidémie pourrait en effet repartir à la hausse.
"Le nouveau variant anglais est plus difficile à contrôler par les mesures de restriction : il profite du peu d'espace libre pour s'imposer devant les autres", estime le Pr Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève. "Les mesures qui ont été mises en place - qui permettaient de réduire de manière importante la circulation du virus avec les précédentes souches - commencent donc à perdre de leur efficacité", ajoute-t-il.
Contestation des restrictions
Une situation d'autant plus préoccupante que le pays fait actuellement face à une vague de contestation vis-à-vis des mesures sanitaires décidées par le gouvernement. Difficile pour une partie de la population de comprendre la persistance des restrictions, alors qu'en apparence, le contexte épidémique semble s'être amélioré.
Depuis début janvier, plusieurs rassemblements ont été organisés à travers le pays, notamment à l'initiative des "Men in Black Denmark", un groupe Facebook rassemblant près de 20 000 abonnés, s'étant donnés pour mission de "libérer le Danemark". Résultat, le gouvernement a commencé à lâcher du lest cette semaine, en autorisant lundi le retour en classe de 300 000 écoliers du primaire, après cinq semaines d'enseignement à distance.
Attention toutefois de ne pas desserrer la vis trop rapidement prévient Antoine Flahault. "Les mesures actuellement en place au Danemark sont en train d'être menacées par la contagiosité supérieure du nouveau variant anglais. Donc si on relâchait les restrictions maintenant, on pourrait s'attendre à une hausse importante des cas", juge-t-il, relevant un taux de reproduction du virus déjà légèrement en hausse depuis deux semaines dans ce pays scandinave.
Au-delà d'envisager des solutions innovantes, comme le passeport vaccinal, le gouvernement mise avant tout sur une campagne de vaccination de pointe pour éviter tel un dérapage non contrôlé. À ce jour, le Danemark est d'ailleurs l'un des champions en Europe, avec 6,1% de sa population ayant déjà reçu une première dose, contre seulement 3,5% en France. "La vaccination et l'effet saisonnier du printemps seront des leviers importants pour limiter la propagation du virus dans les prochains mois", note Camilla Holten Møller. En attendant l'arrivée des beaux jours, il faudra s'armer de patience quant à un réel assouplissement des contraintes.
