Mercredi 5 juin, le Parlement européen aurait dû vivre son heure de gloire avec l'adoption simultanée en séance plénière à Strasbourg de huit législations du "Pacte vert", qui vise à mener l'Union européenne vers la neutralité carbone en 2050. Les eurodéputés pouvaient s'enorgueillir d'être prêts avant les représentants des 27 pays qui planchent en simultané sur le texte.
Mais patatras ! Une poignée de votes manquants sur un amendement clé gâche la journée. Dépitée de voir la future taxe carbone aux frontières repoussée à 2028 au lieu de 2026 (et la fin des permis d'émission de CO2 gratuits pour l'industrie en 2034), la gauche rejette dans la foulée l'ensemble de la réforme du marché du carbone.
Pouce baissé
Après d'intenses conciliabules dans les travées, la présidente espagnole du groupe social-démocrate baisse spectaculairement le pouce. Finalement, trois textes sur huit sont renvoyés en commission de l'Environnement. Sur les réseaux sociaux, les élus français s'invectivent. A quelques jours du premier tour des législatives, représentants de la Nupes et de la Macronie se rejettent la responsabilité de l'échec et s'accusent mutuellement d'avoir voté avec l'extrême-droite sur les réseaux sociaux. Même Jean-Luc Mélenchon s'en mêle. La journée s'achève sur un sentiment de confusion, d'acrimonie et de rendez-vous raté.
Un raté, vraiment ? En réalité, nos yeux français sont peu habitués au spectacle de la démocratie parlementaire. Strasbourg n'est pas Paris, où les textes du gouvernement passent comme des lettres à la poste. Le loupé de mercredi vient rappeler à quel point l'élaboration de compromis entre des groupes politiques représentant 450 millions d'Européens relève d'un miracle quasi-quotidien, le résultat d'un travail phénoménal mené en coulisses, mais qui peut capoter au dernier moment.
Responsabilité historique
De surcroît, le "Pacte vert" pose le cadre d'une révolution écologique qui va bouleverser la vie des individus, des entreprises et des Etats. La responsabilité des élus de Strasbourg est historique, d'autant plus qu'ils sont les premiers représentants des citoyens à se prononcer dans un domaine que l'Europe défriche en pionnière. Que l'équilibre soit difficile à trouver démontre qu'ils ont pris la mesure de cette responsabilité. Le Parlement européen a d'ailleurs su se montrer déterminé en actant la fin des moteurs thermiques des voitures pour 2035.
Certes, il ne doit pas perdre de temps pour se prononcer sur les textes manquants, mais un nouveau vote se dessine déjà pour le 23 juin. "Ce n'était qu'un petit recul pour mieux sauter la marche, assure le macroniste Pascal Canfin, qui mène les négociations. Qu'est-ce que 15 jours au regard de l'Histoire ?"
