À peine Liz Truss a-t-elle claqué la porte que les potentiels successeurs se bousculent devant le 10 Downing Street. La démission de la Première ministre britannique enclenche un nouveau scrutin interne au parti conservateur pour que son successeur soit désigné au plus tard d'ici vendredi prochain, un délai extrêmement court qui impose une procédure accélérée et une campagne éclair.

En coulisses, les différents aspirants comptent leurs soutiens pour atteindre le seuil des 100 parrainages requis d'ici lundi en début d'après-midi. Selon la presse britannique, trois favoris se démarquent, dont l'ancien chef du gouvernement Boris Johnson.

Boris Johnson, la tentation du retour

L'ancien chef du gouvernement est prêt à se lancer dans l'arène, un peu plus de trois mois après avoir été poussé à la démission à la suite d'une accumulation de scandales. Cette information circule dans les médias britanniques, à l'instar du Telegraph qui rapporte que l'ex-Premier ministre aurait "exhorte en privé les députés conservateurs à le soutenir pour un retour spectaculaire à Downing Street, en promettant que lui seul peut faire gagner les torys aux prochaines élections". De son côté, le tabloïd The Sun titre : "Bojo: I'll be back".

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Les proches de Boris Johnson s'activent pour redorer son blason, mettant en avant la légitimité qu'il tire de son triomphe électoral fin 2019. Le secrétaire d'Etat aux Affaires Jacob Rees-Mogg est devenu le premier ministre du cabinet à offrir son soutien à Boris Johnson dans la course à la direction. L'ancienne secrétaire d'Etat à la Culture Nadine Dorries faisait aussi partie de ceux qui ont exprimé leur soutien à Boris Johnson jeudi, à la télévision et sur Twitter, où elle a déclaré : "Une personne a été élue par les Britanniques avec un programme et un mandat jusqu'au 25 janvier."

Ses opposants rappellent la succession de mensonges et d'affaires embarrassantes des trois ans de son mandat, qui ont laissé des traces profondes. Certains députés conservateurs avertissent même qu'ils démissionneront si Boris Johnson revient.

Rishi Sunak, son heure enfin arrivée ?

Rishi Sunak était initialement le candidat préféré des députés conservateur, avant d'être finalement écarté au profit de Liz Truss par les adhérents. Le richissime ex-banquier de 42 ans a pour lui le fait d'incarner la figure rassurante de l'orthodoxie budgétaire. Le Financial Times hisse l'ex-ministre des Finances au rang de favori dans un contexte de crises économique et politique. Pendant la campagne, il n'avait eu de cesse de répéter que les baisses d'impôts non financées risquaient d'aggraver une inflation à un niveau record depuis 40 ans, et de saper la confiance des marchés.

L'ex-chancelier de l'Echiquier a déjà atteint la mi-parcours, avec 50 députés conservateurs déclarant qu'il devrait être le prochain Premier ministre. Le député Simon Hart a déclaré que ce n'était "pas le moment pour les expériences, pas le temps pour la frivolité... cela signifie choisir quelqu'un de sérieux, testé, compétent et gentil." En dépit de quelques soutiens audibles, Rishi Sunak a un handicap de taille : les fidèles de Boris Johnson voient en lui un traître dont la démission avait précipité la chute de leur champion cet été, et ne veulent pas en entendre parler. Le quarantenaire pourrait avoir du mal à rassembler un parti aussi divisé.

Penny Mordaunt, la coqueluche des militants

L'actuelle ministre des Relations avec le Parlement, Penny Mordaunt, coqueluche des militants tories, qui était arrivée troisième de la dernière primaire, fait également figure de candidate très sérieuse. Si le tabloïd The Sun capitalise sur un duel "Bojo-Sunak", cette ancienne ministre de la Défense de 49 ans dispose de nombreux atouts. Charismatique, elle s'est illustrée au Parlement lundi quand elle a représenté Liz Truss pour répondre à l'opposition. Elle a défendu le changement de cap économique, maniant fermeté et humour, expliquant que la Première ministre "ne se cache pas sous un bureau".

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"Je suis candidate pour être la cheffe du parti conservateur et votre Première ministre, pour unir notre pays, réaliser nos engagements et remporter les prochaines élections législatives", a écrit sur Twitter, vendredi après-midi, la députée. Sa popularité auprès des membres conservateurs de la base figure parmi ses atouts. Penny Mordaunt "unira non seulement le parti, mais surtout le pays au-delà de la bulle de Westminster", a avancé, vendredi, le député conservateur John Lamont à la BBC Radio 5 Live. La prochaine étape : convaincre le parti qu'elle est crédible sur l'économie.

Jeremy Hunt ne se lance pas dans la course

Le nouveau ministre des Finances, nommé le 14 octobre, et dont les déclarations ont stabilisé les marchés serait sur le papier un bon candidat. Ces derniers jours, il a montré qu'il tenait les rênes du parti conservateur en annonçant lundi le spectaculaire revirement consistant à revenir sur la quasi-totalité des mesures fiscales du gouvernement Truss qui ont créé la panique sur les marchés.

Il avait été deux fois candidat malheureux à Downing Street, a été aussi ministre des Affaires étrangères et de la Santé, mais a affirmé qu'il ne le serait pas une troisième fois. "Le désir d'être leader a été cliniquement supprimé en moi" a-t-il déclaré dimanche dernier sur la BBC en évoquant ses deux échecs. Va-t-il tenir sa parole ?