"J'assume l'entière responsabilité de tout ce qui s'est passé sous ma direction", a déclaré Boris Johnson en renouvelant ses excuses. Le Premier ministre britannique est une nouvelle fois dans la tourmente ce mercredi 25 mai alors qu'ont été publiées les conclusions de l'enquête administrative sur le "partygate", mettant en cause les dirigeants de Downing Street sur plusieurs soirées tenues dans la résidence du Premier ministre pendant les confinements anti-Covid.

Les conclusions de la haute fonctionnaire Sue Gray sont cruciales pour l'avenir politique de Boris Johnson. Car si le chef du gouvernement conservateur avait semblé ces dernières semaines en position de surmonter ce scandale susceptible de le déloger du pouvoir, l'affaire a été relancée cette semaine par la publication de témoignages et photos accablants dans les médias.

Responsabilité des hauts dirigeants

Après les sanctions policières la semaine dernière, c'est Sue Gray, réputée intraitable, qui a publié un rapport détaillant, événement par événement, e-mails et photos à l'appui, ce qui se déroulait dans les coulisses du pouvoir pendant que les Britanniques étaient contraints à de lourds sacrifices. "Quelle que soit l'intention initiale, ce qui s'est passé lors de nombre de ces réunions et la manière dont elles se sont déroulées n'étaient pas conformes aux orientations du Covid de l'époque", écrit la haute fonctionnaire pointant "un grand nombre de personnes (83) qui ont participé à ces événements ont enfreint les règlements et donc les directives du Covid."

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Pour elle, la responsabilité revient aux plus hauts dirigeants, estimant "que certains des fonctionnaires les moins expérimentés ont cru que leur participation à certains de ces événements était permise étant donné la présence de hauts dirigeants". Sans nommer de responsables ni recommander de sanctions, elle met ainsi en cause le pouvoir au plus haut pour ces événements qui "n'auraient pas dû être autorisés à se produire".

Félicitant les changements qui ont été opérés dans l'organisation du 10 rue Downing Street depuis son dernier rapport remontant au mois de janvier dernier, Sue Gray s'indigne néanmoins d'avoir été informée "de multiples exemples de manque de respect et de mauvais traitements à l'égard du personnel de sécurité et de nettoyage", une situation qu'elle considère "inacceptable".

"Rapportez votre alcool"

De nombreuses anecdotes jalonnent ce rapport éloquent. Parmi elles, des e-mails envoyés pour l'organisation d'une fête le 20 mai 2020 surnommée "Rapportez votre alcool". Dans un des messages relayés par le rapport, un conseiller spécial avertit le principal secrétaire privé du Premier ministre, Martin Reynolds, qu'il serait "utile" que les gens évitent de "se promener avec des bouteilles de vin" avant la fête : "Cette soirée est une très bonne idée (...) Je signale simplement que la conférence de presse se terminera probablement à peu près à cette heure-là, il serait donc utile que les gens soient attentifs au départ des orateurs et des caméras, et ne se promènent pas en brandissant des bouteilles de vin, etc".

Lee Cain, le directeur de la communication (un conseiller spécial) de Downing Street de l'époque, a également reçu une invitation. En réponse, il a envoyé un courriel à Martin Reynolds et à Dominic Cummings, conseiller principal du Premier ministre jusqu'en 2020, en déclarant : "Je suis sûr que tout ira bien et j'applaudis le geste, mais une invitation de plus de 200 personnes à boire un verre dans le jardin du n° 10 est un peu risquée au niveau de la communication dans l'environnement actuel." L'événement aura tout de même lieu et rassemblera, selon le rapport, entre 30 et 40 personnes dans le jardin de la résidence.

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Le lendemain, un conseiller spécial envoie un mail de remerciement à Martin Reynolds : "Salut Martin, Merci beaucoup d'avoir organisé cet apéritif et d'avoir fourni le vin ! C'est très gentil et je sais que tout le monde a apprécié." Ce à quoi l'intéressé a répondu : "Merci, c'était très amusant et agréable de discuter avec tout le monde". Dans un message WhatsApp faisant référence à la soirée, Martin Reynolds écrit par ailleurs : "Bonne chance - ça ne fera pas un article, mais c'est mieux que de se concentrer sur nos boissons (pour lesquelles il semblerait qu'on s'en soit tirés)."

Ce n'est qu'un des nombreux exemples d'organisations de soirée hors d'un cadre légal à l'époque des restrictions drastiques pour lutter contre le Covid-19. Le rapport relève plus d'une dizaine d'événements, dont l'anniversaire surprise organisé pour Boris Johnson le 19 juin 2020, avec photos à l'appui.

Boris Johnson et son secrétaire en chef Simon Case dans la salle du cabinet le jour de l'anniversaire du Premier ministre, le 19 juin 2020

Boris Johnson et son secrétaire en chef Simon Case dans la salle du cabinet le jour de l'anniversaire du Premier ministre, le 19 juin 2020.

© / Rapport de Sue Gray

La veille de cette soirée d'anniversaire, une autre fête a été organisée s'étalant sur plusieurs heures avec à la clef, "une consommation excessive d'alcool par certains individus", note le rapport selon lequel un des participants a même été malade et que deux autres auraient eu "une altercation mineure".

Boris Johnson très fragilisé

Dominic Cummings, son ancien conseiller principal cité plusieurs fois dans le rapport, estime que Boris Johnson "ne pense pas avoir fait quoi que ce soit de mal, comme il l'a dit à plusieurs reprises en 2020 'Tout le monde ferait mieux de se souvenir que je suis le putain de Fuhrer ici'", a-t-il dénoncé dans un tweet.

Le chef de l'opposition travailliste Keir Starmer a sans surprise appelé à la démission du chef du gouvernement britannique pour "restaurer la dignité" au pouvoir : "On ne peut pas à la fois faire la loi et la violer". Mais ce dernier est fragilisé lui-même par une enquête de police en cours sur le "beergate", ces bières et currys partagés avec son équipe en campagne l'an dernier malgré les restrictions.

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"La question de savoir quelles mesures disciplinaires devraient maintenant être prises n'entre pas dans le cadre de ce rapport et doit être examinée par d'autres", conclut toutefois Sue Gray. Et en l'absence d'élections, ces nouveaux éléments seront-ils suffisants pour relancer la colère au sein de la majorité, un temps apaisée, voire de démontrer que le chef du gouvernement a menti au Parlement en assurant qu'aucune règle n'avait été enfreinte ? Une option qui pourrait précipiter son départ.

126 amendes lors de huit événements

L'enquête de police s'est achevée la semaine dernière en révélant l'ampleur des violations aux règles anti-Covid imposées par Downing Street en réponse à la pandémie qui a fait près de 180 000 morts au Royaume-Uni. Au total, 126 amendes adressées pour infractions lors de huit événements, dont une à Boris Johnson lui-même pour son pot d'anniversaire surprise. Ce bilan a malgré tout été considéré comme relativement clément pour le Premier ministre, qui avait participé à des rassemblements en apparence plus graves.

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Boris Johnson a toujours refusé de démissionner. Mais si les nouveaux éléments publiés convainquent plus d'une cinquantaine de députés de la majorité de le lâcher, il risque de se retrouver visé par une motion de défiance, près de trois ans après son arrivée triomphante à Downing Street en plein psychodrame du Brexit.

Le rapport pourrait aussi alimenter les accusations de mensonges qui seront examinées par une autre enquête prévue, celle-ci parlementaire. Si cette dernière conclut qu'il a trompé la Chambre des Communes en affirmant ne pas avoir enfreint les règles, il est censé démissionner.