A même le sol, sur le bitume brûlant, Mahmat Fahim, un réfugié afghan, craque. "Depuis mardi soir, nous sommes sans rien. Tout a brûlé dans le camp de Moria, (qui abritait plus de 12 000 migrants, NDLR) raconte, désespéré, le jeune homme. Mais le pire c'est que ma femme a accouché il y a trois jours et que je ne peux même pas lui rendre visite à l'hôpital, les policiers ne me laissent pas partir ".
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Depuis mercredi, alors que l'état d'urgence a été déclaré par les autorités grecques, et qu'une série de mesures devait être prise pour trouver une solution pour ces demandeurs d'asile sans abri, la situation a peu évolué. Des renforts policiers ont été déployés et encerclent les demandeurs d'asile pour éviter qu'ils ne se dirigent vers le port. Pendant deux jours, aucune distribution d'eau et de nourriture n'a été effectuée. Les ONG manquent également cruellement à l'appel. Un navire dépêché par le gouvernement pour héberger 1000 personnes en urgence avait bien amarré jeudi dans un port à l'ouest de Lesbos, mais les habitants protestaient à l'idée de voir débarquer des réfugiés. Les tentes, acheminées par l'armée, n'ont commencé à être déployées que vendredi en début d'après-midi.
Dans le petit port de Panagoudia, Giorgos, un restaurateur, s'inquiète du "chaos ambiant". "Mercredi soir, des flammes ont été déclenchées par des migrants à proximité du village. Nous avons peur, surtout qu'avec l'épidémie de coronavirus, nous pourrions vite être contaminés par ces migrants ", poursuit le quadragénaire. La semaine dernière, un premier cas avait été repéré chez un résident du camp, qui avait été mis en confinement total. Les réfugiés n'étaient depuis plus autorisés à en sortir, et seuls les personnels de sécurité - après avoir pris leur température -, pouvaient entrer dans la structure. Quelques jours plus tard, 35 personnes avaient été placées en isolement dans une clinique à l'extérieur du camp. D'autres tests devaient être réalisés lorsque plusieurs feux se sont déclenchés mardi soir.
Protestation des insulaires
Sur une route menant vers le camp de Moria, des tracteurs empêchent les voitures de circuler. Comme en mars dernier, les insulaires protestent contre le projet d'un nouveau centre fermé pour accueillir les demandeurs d'asile. Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis estime que la catastrophe de Moria justifierait la nécessité d'une nouvelle structure plus grande et plus hermétique pour que la population locale soit le moins possible en contact avec les réfugiés.
Pour le chef d'Etat, ce drame survient au plus mauvais moment, alors qu'il devait déjà faire face à la multiplication des provocations de son voisin turc. A la mi-août, la Turquie a envoyé un navire d'exploration sismique avec des bâtiments de guerre en Méditerranée orientale, dans des eaux territoriales grecques. Les tensions n'ont cessé depuis d'augmenter.
"La Grèce et d'autres pays du sud de l'UE portent un poids disproportionné alors qu'il s'agit d'un problème européen", a insisté Kyriakos Mitsotakis jeudi, en Corse, à propos de la question des migrants, lors d'une conférence de presse avec le président français Emmanuel Macron. Il s'exprimait à l'issue d'un sommet des pays du sud de l'UE. "Nous souhaitons, l'Allemagne, la France mais aussi avec plusieurs autres pays européens, en lien avec la commission européenne, être au rendez-vous de la solidarité", lui a répondu le dirigeant français. 400 migrants mineurs non accompagnés qui se trouvaient dans le camp ont déjà été transférés jeudi vers Thessalonique dans le nord de la Grèce. Ils devraient bientôt être répartis dans plusieurs États membres de l'UE. Mais Stella, une habitante de Mytilène, qui participe au blocus sur la route vers Moria s'exaspère des "belles paroles" : "il faut des actes. 400 mineurs relocalisés c'est déjà un bon début. Mais que vont devenir les 10 000 autres migrants ?".
