Angela Merkel l'a récemment reconnu. L'Allemagne s'est révélée "trop naïve dans certains domaines de coopération" avec la Chine, son premier partenaire commercial. Un euphémisme : sa dirigeante a systématiquement privilégié les intérêts économiques allemands sur presque toute autre considération dans ses échanges avec Pékin - 12 voyages officiels en 16 ans de mandat. Cette époque sera bientôt révolue avec l'installation d'un nouveau gouvernement à Berlin, en décembre. Le contrat de coalition conclu par les sociaux-démocrates, les libéraux et les écologistes considère dorénavant qu'il existe une "rivalité systémique" entre leur pays et la Chine.
Ce changement de ton est avant tout porté par les Verts. Leur co-présidente, Annalena Baerbock, dénonçaient la passivité de la chancelière sortante vis-à-vis de certains régimes autoritaires. Sa nomination annoncée au ministère des Affaires étrangères promet une approche plus offensive. "Avec elle, la politique étrangère de l'Allemagne sera guidée par le respect des droits de l'homme", fait valoir Jens Althoff, de la Fondation Heinrich Böll, proche des écologistes. Vis-à-vis de la Chine, elle prône ainsi "le dialogue et la fermeté", en particulier en ce qui concerne la répression visant les Ouïghours au Xinjiang.
Plus de concertation avec Bruxelles
Moscou peut également s'attendre à une moins grande souplesse de la part de Berlin, qui promet d'être plus à l'écoute des craintes exprimées par la Pologne et les pays baltes. "Nous tiendrons compte des différentes perceptions de la menace et mettrons l'accent sur une politique européenne commune et cohérente à l'égard de la Russie", précise l'accord de coalition. Alors qu'Angela Merkel privilégiait les relations intergouvernementales dans son approche internationale, Annalena Baerbock devrait plus souvent passer par Bruxelles. "Une politique étrangère allemande forte ne peut être qu'européenne", a-t-elle fait valoir.

Annalena Baerbock et Olaf Scholz (centre) vont devoir partager le devant de la scène en matière de politique étrangère (ici à Berlin, le 15 octobre 2021, avec Christian Lindner, futur ministre des Finances).
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Cette priorité accordée aux valeurs fondamentales sur les intérêts économiques n'est pas une bonne nouvelle pour la Hongrie et la Pologne. Angela Merkel n'a cessé de temporiser face aux multiples atteintes à l'Etat de droit de leurs gouvernements ultraconservateurs. La nouvelle coalition appelle pour sa part la Commission européenne à utiliser tous les "instruments existants" pour les faire respecter, à commencer par le mécanisme Etat de droit, susceptible de les priver des milliards d'euros de subventions versés par Bruxelles.
Reste à savoir quelle place le futur chancelier social-démocrate Olaf Scholz voudra occuper sur la scène internationale. Ses positions de campagne étaient moins dures vis-à-vis de la Chine et de la Russie que celles des Verts. Or, sous Angela Merkel, la politique étrangère s'est plus faite à la chancellerie qu'au ministère des Affaires étrangères. Une tendance qu'Annalena Baerbock aura néanmoins à coeur d'inverser.
