Après la défaite historique du 26 septembre, les conservateurs sont à la recherche d'un leader. L'heure de "l'anti-Merkel" Friedrich Merz est sans doute venue. "L'agent dormant" de la droite ultralibérale et antiréfugiés, qui, ruminant sa revanche contre la chancelière depuis vingt ans, vise pour la troisième fois la présidence de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) le 21 janvier, lors d'un congrès à Hanovre. Il a toutes les chances d'y parvenir, car, pour la première fois, son parti a opté pour le vote direct des adhérents.

Un avantage pour Merz, plus populaire parmi la base que chez les dirigeants de la CDU. Battu de justesse en 2018 par Annegret Kramp-Karrenbauer, alias "AKK", qui était la dauphine d'Angela Merkel, puis en janvier 2021 par Armin Laschet, qui vient de perdre les élections générales face aux sociaux-démocrates, Merz avait mis en cause les intrigues d'une "partie de l'establishment de la CDU" visant à lui faire barrage. Un vote de la base lui aurait permis d'être élu à la tête du parti en début d'année et, surtout, d'être candidat à la place de Laschet.

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Débarrassé de la "bande à Merkel", le revenant s'y voit déjà, ses rivaux étant moins soutenus par les adhérents. Son parcours ne plaît cependant pas à tout le monde : évincé sans ménagement par Angela Merkel en 2002 de la tête du groupe parlementaire, l'ancien leader de la droite au Bundestag s'était retiré de la politique pour faire fortune dans la finance, avant de réapparaître en 2018.

La chancelière allemande Angela Merkel lors du dernier meeting de l'Union conservatrice CDU/CSU à Münich, le 24 septembre 2021

La chancelière allemande Angela Merkel lors du dernier meeting de l'Union conservatrice CDU/CSU à Münich, le 24 septembre 2021

© / afp.com/Thomas KIENZLE

Ancien président du conseil de surveillance de BlackRock Allemagne (leader mondial de gestion d'actifs), Friedrich Merz veut effacer son image de "requin". "Je n'appartiens pas à l'élite", assure cet avocat qui, avec des revenus supérieurs à 1 million d'euros par an, se revendique pourtant "de la classe moyenne".

Aucune expérience du pouvoir

Afin de s'adapter à une Allemagne qui a beaucoup changé en son absence, Friedrich Merz a dû adoucir son profil antisocial, ultralibéral, antiféministe et ses thèses, proches de l'extrême droite. C'est lui qui avait lancé dans les années 2000 la notion controversée de deutsche Leitkultur (la culture allemande comme "culture de référence") à propos de la politique d'immigration.

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En annonçant à demi-mot sa candidature lors d'une intervention devant les gays et lesbiennes de la CDU (LSU), le 7 novembre, il a tenté de corriger ses positions ambiguës sur l'homosexualité, qu'il avait assimilée à la pédophilie. "Tant qu'il ne m'approche pas, cela ne pose aucun problème", avait-il déclaré au sujet de l'ancien bourgmestre-gouverneur gay de Berlin Klaus Wowereit. "Et tant que cela ne concerne pas les enfants...", avait-il ajouté.

En déplaçant le curseur du parti vers la droite, Friedrich Merz entend récupérer les déçus du merkélisme partis à l'AfD (Alternative pour l'Allemagne, extrême droite). Mais, à 66 ans, il n'a aucune expérience du pouvoir, n'a jamais été ministre, n'a jamais mené de campagne électorale. Pour ses détracteurs, il ne représente qu'un mythe, celui du "bon vieux temps" où la CDU remportait les élections avec 40% des voix sans programme électoral. S'il est élu, Merz n'aura que quelques semaines pour faire ses preuves : trois élections régionales sont prévues dès le printemps 2022.