Et à la fin, c'est la laitue qui a gagné. Depuis vendredi 14 octobre, le tabloïd britannique Daily Star diffusait une vidéo dans laquelle on pouvait voir un portrait de la Première ministre britannique, Liz Truss, posé à côté d'une feuille de salade. Avec en sous-titre une question : laquelle des deux atteindra en premier sa date de péremption ?
Ce jeudi 20 octobre, le direct s'est donc brusquement arrêté, Liz Truss ayant annoncé sa démission, seulement un mois et demi après son installation au 10 Downing Street. Elle a été lâchée par deux de ses principaux ministres et contrainte à annuler la quasi-totalité de ses mesures budgétaires. Sa situation devenait intenable selon Florence Faucher, directrice du Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po. Miné par les divisions, le parti conservateur devra maintenant s'entendre afin de trouver un successeur à l'éphémère disciple de Margaret Thatcher.
L'Express : La démission de Liz Truss devenait-elle inévitable ?
Florence Faucher : Oui, la nouvelle était attendue. Les démissions, en une semaine, de deux de ses plus importants ministres, à savoir Kwasi Karteng, ministre des Finances, et Suella Braverman, ministre de l'Intérieur, ne laissaient guère de doute sur le fait que Liz Truss ne pouvait pas continuer à gouverner. La procédure de sélection du dirigeant conservateur a tendance à élire le candidat le plus radical, ce qui s'est passé dans le cas de Liz Truss. Elle est portée par une très forte conviction idéologique qui s'est confrontée à l'exercice du pouvoir.
En voulant relancer la croissance par des baisses d'impôts financées sur de la dette, elle a terriblement affolé les marchés financiers. Alors que le parti conservateur s'est illustré depuis 150 ans par son pragmatisme qui lui a permis de dominer la scène politique et parlementaire britannique, Truss est restée enfermée dans la vision économique des ultra-libéraux des années 1980, dont les principes sont inapplicables aujourd'hui.
Y a-t-il un favori pour lui succéder ?
Je vois deux profils sortir du lot. D'un côté, Rishi Sunak, le candidat malheureux face à Liz Truss le 5 septembre dernier. Cet ancien ministre des Finances est apprécié par les députés conservateurs. Aussi, il s'opposait à Liz Truss sur la question des baisses d'impôts sans financements claires, sujet qui a fait tomber la Première ministre. De l'autre côté, il y a Peddy Mordount, chargée des relations entre le gouvernement et la Chambre des Communes. Son programme est d'un conservatisme plus classique et elle a fait campagne en faveur du Brexit, ce qui plait aux fidèles de Boris Johnson. Et, étonnamment, Johnson lui-même n'est pas complètement hors-jeu, en tout cas pour les adhérents du parti.
Comme le nouveau Premier ministre sera désigné avant le 28 octobre, je ne crois pas que l'on repassera par une campagne, mais plutôt que les députés conservateurs s'entendront sur un candidat unique à proposer. On retrouverait alors la situation de 2016, quand Theresa May avait ainsi été sélectionnée comme Première ministre. Un compromis va donc devoir être trouvé.
Comment expliquer le chaos dans lequel se trouve le parti conservateur ?
Boris Johnson est en grande partie responsable du chaos qui règne actuellement au sein du parti Tory. Il a été élu en promettant d'accélérer le processus du Brexit, ce qu'avait échoué à faire Theresa May. Lors des élections anticipées de décembre 2019, il a obtenu une grande majorité, notamment grâce au soutien du bloc ultra-libéral et europhobe. Fort de ce succès et de sa promesse de rendre sa liberté au Royaume-Uni, il a expulsé du parti les modérés, qui se trouvaient être des politiciens expérimentés. Il a rompu avec la tradition de gouverner avec tous les courants du parti et choisi des proches. Il a obtenu un "Brexit" dur dont le parti souffre économiquement. Il ne désespère pas de revenir et ses soutiens dans le groupe parlementaire invoquent le mandat qu'il a obtenu en 2019 et espère que son charisme étonnant lui permettra de remettre le parti, très affaibli, en ordre de marche pour les élections législatives. Quoi qu'il en soit, le prochain Premier ministre aura une tâche très difficile.
