C'est une obsession née d'un soir de déception, la colère d'un homme jamais retombée ayant possiblement entraîné des atteintes graves à la sûreté de l'Etat. La commission d'enquête du Congrès américain en charge de faire la lumière sur l'assaut du 6 janvier 2021 contre le Capitole a tenu, ce lundi 13 juin, sa deuxième audition publique. Et elle fut riche d'enseignements. De la soirée électorale du 3 novembre à l'insurrection du 6 janvier, les élus ont tenté de faire émerger, grâce à l'audition des proches conseillers de Donald Trump, la chronologie exacte des événements.
Au soir des résultats de l'élection présidentielle, plusieurs conseillers de Donald Trump ont essayé, selon leurs dires, de le convaincre de ne pas annoncer prématurément sa victoire. En vain. Son chef de campagne, Bill Stepien, a déclaré lui avoir dit d'attendre la fin du dépouillement avant de prendre la parole, ce à quoi il s'est vu rétorquer : "Tu as tort". Jared Kushner, conseiller spécial du président, aurait abondé dans le même sens, disant à celui qui est aussi son beau-père : "Ce n'est pas l'approche que je prendrais si j'étais toi". Mais face à un homme seulement convaincu par les personnes partageant ses idées, c'est Rudy Giuliani, son avocat personnel, qui a eu le dernier mot. A 2h30 du matin, Donald Trump confiait à la télévision américaine : "Honnêtement, nous avons gagné l'élection". Alors quand il apprend que l'Etat stratégique de Floride est perdu, il se tourne vers Giuliani, qui jure à son ami président que le scrutin est truqué et qu'il doit désormais suivre "son instinct".
62 plaintes pour fraudes déboutées par la justice
Pour nier l'évidence de la défaite, il fallait convoquer l'imagination, et des schémas fantaisistes de supposés trucages sont alors établis. Les démocrates, Cuba, le Venezuela, tous les ennemis du président sont convoqués, et nommément accusés lors d'une conférence de presse donnée le 19 novembre. Bill Stepien côtoie un homme fuyant la réalité. "Combien de temps va-t-il continuer avec ces histoires d'élection volée ?", demande-t-il, le 23 novembre, à Jared Kushner. Dans les jours suivant l'élection, 62 plaintes sont déposées pour fraudes. La justice des Etats-Unis les rejette toutes. Loin de se résoudre à l'évidence, Donald Trump cherche de nouveaux recours susceptibles de justifier son impossible défaite.
Selon les enquêteurs, le président déchu lance lors auprès de ses sympathisants une collecte censée financer un Fonds officiel de défense électorale, chargée d'enquêter sur le déroulé du vote. Mais plusieurs hauts responsables notent que cette entité n'a jamais vu le jour. Où sont donc passés les 250 millions de dollars récoltés à ce but ? 100 millions auraient été levés pour financer les plaintes et les enquêtes sur les fraudes, le reste est sûrement investi dans l'empire Trump. "Le grand mensonge était aussi une grande arnaque", a estimé lors de l'audience Zoe Lofgren, parlementaire démocrate connue pour avoir travaillé sur les mises en accusation au Congrès des présidents Nixon, Clinton et Trump. Face à ces témoignages accablants, l'ancien président s'est empressé de réagir. Ce lundi soir, dans un communiqué de 12 pages, il a dénoncé "une parodie de justice" et "une tentative éhontée de détourner l'attention du public de la vérité". Obsession quand tu nous tiens...
