"Australiens, réjouissons-nous tous, car nous sommes jeunes et libres", chantent, la main sur le coeur, les 26 000 spectateurs du stade d'Adélaïde, venus assister ce 4 novembre à un match de rugby à XIII. Sur la pelouse, quatre joueurs aborigènes des Blues et deux de leurs rivaux Maroons restent muets, le visage tendu, pendant l'hymne national. Le patron de la commission de la Ligue australienne de rugby avait pourtant promis qu'il ne ferait pas jouer Advance Australia Fair, dont les paroles sont jugées révisionnistes par une partie de la communauté indigène. Le chef du gouvernement, Scott Morrison, l'en a dissuadé.

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Mais le débat est loin d'être clos. Le 11 novembre, la Première ministre de Nouvelle-Galles du Sud, l'Etat le plus peuplé du pays, est revenue à la charge. La proposition de Gladys Berejiklian ? Remplacer le mot "jeune", dans la première phrase du chant, qui deviendrait "nous sommes un et libres", afin de "reconnaître que notre continent a la plus ancienne culture de la planète". Et rompre avec le mythe de la terra incognita sur laquelle les Anglais plantèrent leur drapeau en 1770... alors que l'île-continent était habitée depuis soixante mille ans.

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Soutenue par plusieurs leaders aborigènes, cette suggestion n'est toutefois pas du goût de certains conservateurs, qui y voient une dépréciation du rôle des fondateurs de la nation australienne. D'autres critiques s'interrogent : n'y a-t-il pas mieux à faire pour aider les descendants des "premiers habitants" ? Douze ans après le premier plan gouvernemental censé réduire le fossé dans l'accès au droit, à l'éducation ou aux soins, les aborigènes (2 % de la population) vivent environs huit ans de moins que leurs compatriotes.