La Chine avait déjà sa Grande Muraille, de plus de 21 000 kilomètres de long, construite à partir du Ve siècle avant J.-C. pour la protéger des invasions barbares septentrionaux. Elle bâtit à présent des murs géants contre, cette fois, les épidémies venues de l'étranger, à en croire le discours officiel. Le plus long est toujours en travaux le long de la frontière birmane. Une barrière haute de 3 mètres équipée de caméra de surveillance et couverte de barbelés et de barres de métal. Lorsqu'il sera achevé, dans un an, le mur devrait s'étendre sur 2.500 km et bloquer toute la zone frontalière.

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Pékin parle d'un "mur de sécurité" censé lutter contre le Covid-19 et isoler encore davantage la Chine, laquelle estime que la plupart des nouvelles contaminations proviennent de voyageurs venus de l'étranger. Mais les travaux ont commencé dès 2019, avant l'épidémie, comme le montre cette vidéo d'un youtuber chinois datant de septembre 2020 et qui montre un mur déjà bien avancé et équipé de systèmes de surveillance. Le virus n'est donc pas la seule raison qui explique ce mur : il doit aussi servir à mieux contrôler cette frontière poreuse par laquelle transite une partie du trafic de drogue, de pierres précieuses et de jade venu du "triangle d'or" (aux confins de la Birmanie, du Laos et de la Thaïlande). Sans compter les réfugiés birmans fuyant les combats quiopposent dans leur pays la junte au pouvoir et les groupes armés du nord.

"Les réseaux criminels, les triades, sont très actifs dans ces régions, explique Carl Thayer, professeur spécialiste de l'Asie à l'Université de Canberra. La présence de contrebandiers des deux côtés et la corruption des fonctionnaires locaux posent un vrai problème au gouvernement de Pékin".

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Si le mur doit empêcher les étrangers d'entrer il doit aussi interdire aux Chinois de sortir. La pauvreté dans les provinces du sud de la Chine pousse en effet des dizaines de milliers de Chinois à travailler de l'autre côté de la frontière ou des villes ont poussé comme des champignons ces dernières années. On y trouve des casinos clandestins, des marchés d'animaux sauvages, de la prostitution et toutes sortes de trafics contrôlés par des groupes mafieux chinois. Comme la triade 14K, qui travaille main dans la main avec les guérillas indépendantistes du nord de la Birmanie.

La "petite Chine"

L'État Wa au nord de la Birmanie est une région indépendante de facto, avec son propre système politique et administratif. Il couvre une superficie de 35.000 km², soit à peu près la taille des Pays-Bas, où vivent quelque 700.000 personnes dont de nombreux Chinois protégés par l'armée unie de l'Etat Wa (UWSA), plus de 20.000 hommes reconvertis dans le trafic de drogue.

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Dans cet Etat surnommé la "petite Chine", le mandarin est la lingua franca et les habitants utilisent les réseaux de télécommunication et les services financiers chinois. Selon le ministère chinois de la sécurité publique plus de 125 milliards d'euros sont injectés dans ces casinos clandestins en Birmanie ou au Cambodge par des parieurs chinois chaque année.

Au total, plus de 140.000 ressortissants chinois sont installés dans le nord de la Birmanie et font régulièrement des allers-retours avec la Chine. Ils sont principalement originaires de villes pauvres des provinces du Fujian, du Hunan, ou du Guangxi. Ce sont les soutiers de ces casinos clandestins où ils travaillent comme cuisinier, serveur ou gèrent de petits commerces.

Capteurs de mouvements et de sons

Les murs doivent permettre de réguler les flux de population et éviter que d'autres Chinois ne viennent grossir les rangs de ces migrants, dont beaucoup trempent dans des activités illégales en Chine. Les médias locaux chinois ont rapporté que le gouvernement a commencé à mobiliser des patrouilles d'autodéfense le long de la frontière, recrutant des milliers de personnes assistées de chiens et de drones pour surveiller la zone en soutien aux gardes-frontières.

Le journal officiel "Yunnan Daily" a par ailleurs indiqué qu'une préfecture de l'ouest de la province, Dehong, a embauché près de 22 000 personnes pour patrouiller dans la région et mettre en place 136 points de contrôle le long de la frontière avec l'État Kachin en Birmanie.

"La frontière est équipée de capteurs de mouvements et de sons et d'un système d'intelligence artificielle pour filtrer les mouvements, explique l'un de ces miliciens. Une fois les capteurs déclenchés, les caméras haute définition à infrarouge se tournent automatiquement vers la source pour permettre aux centres de contrôle de procéder à des vérifications supplémentaires. Si une activité illégale est découverte, l'équipe de patrouille d'autodéfense, la police locale ou la police armée seront notifiées pour lancer des recherches".

Ce principe d'étanchéité maximale est en train d'être également appliqué avec la frontière vietnamienne où un autre mur, encore plus haut, est en construction.