Lors des JO de 2008, un George W. Bush tout sourire et laudateur rencontre le vice-président chinois Xi Jinping, chargé de la préparation finale de l'événement, à Pékin. La Chine a multiplié les gages de bonne volonté pour décrocher les Jeux. Et l'Occident estime que son intégration internationale et son développement économique favoriseront sa démocratisation.
Quatorze ans plus tard, les JO se déroulent à nouveau dans la capitale chinoise (du 4 au 20 février) ; la cérémonie d'ouverture a été encore orchestrée dans le "nid d'oiseau" par le réalisateur Zhang Yimou ; et Xi Jinping est toujours là. Mais la comparaison s'arrête là. L'actuel président américain, Joe Biden, ne fera pas le déplacement, pour protester contre la répression des Ouïgours et la situation des droits de l'homme en général. Et l'ancien numéro deux chinois à l'allure débonnaire s'est mué en leader tout-puissant, autoritaire et nationaliste. Sous son impulsion, la Chine, qui rêvait d'intégrer la cour des grands sur la scène mondiale en 2008, rivalise à présent avec les Etats-Unis pour la première place. Et a radicalement changé d'attitude.
Changement d'attitude
"Jusqu'en 2008, le gouvernement chinois a fait tout son possible pour impressionner la planète, pour présenter un visage souriant. Aujourd'hui, plus fort économiquement et politiquement, le pouvoir chinois est plus sûr de lui, plus affirmé : il ne cherche plus à faire plaisir au reste du monde, mais demande qu'on accepte la Chine telle qu'elle est", estime Xu Guoqi, professeur d'histoire à l'université de Hongkong, et auteur de Olympic Dreams: China and Sports, 1895-2008.
Les JO de 2008 ont été un tournant, à la fois en interne, avec un durcissement de la répression envers toute voix dissonante, et vis-à-vis de l'extérieur. "Le succès de l'organisation, et la reconnaissance internationale que cela a entrainé, le record chinois de médailles d'or, puis le fait que la Chine parvienne à ne pas être trop touchée par la crise financière mondiale, tout cela a considérablement renforcé la confiance en soi du pays", complète Zhao Tong, chercheur au Centre Carnegie Tsinghua, à Pékin. La montée en puissance économique et géopolitique du géant communiste a ensuite accéléré le phénomène.
Des autocrates en tribune
Cette affirmation de soi décomplexée s'est illustrée notamment par l'expansion militaire en mer de Chine du Sud, l'étouffement des libertés à Hongkong, les pressions sur Taïwan. Et le refus du régime communiste, proclamant la supériorité de son modèle politique, de recevoir la moindre leçon d'un Occident qu'il estime déclinant. Une nouvelle génération de diplomates, se définissant comme des "loups guerriers" n'hésite plus à riposter de façon agressive à toute remise en cause de la propagande du Parti venant de l'extérieur, que ce soit sur l'origine de l'épidémie de Covid-19 ou la situation des droits de l'homme. "La Chine est plus puissante qu'avant ; elle sait qu'elle a plus d'influence, de moyens de pression pour punir les organisations et les pays qui la critiquent", résume Zhao Tong.
Revers de la médaille, le fossé s'est creusé avec l'Occident, où l'image de l'empire du Milieu s'est effondrée ces dernières années. Aux JO, soumis à un boycott diplomatique par les Etats-Unis et certains de leurs alliés, Xi Jinping sera d'ailleurs principalement entouré d'autocrates dans les tribunes, tels le russe Vladimir Poutine, l'égyptien Abdel Fattah Al-Sissi ou le saoudien Mohammed ben Salmane. Comme si un nouveau chapitre, encore plus inquiétant, s'ouvrait avec ces nouveaux Jeux de Pékin.
