L'Inde est-elle en train de sombrer sous une deuxième vague de Covid-19 ? Et si oui, la présence d'un "double mutant" indien du coronavirus est-elle responsable de l'engorgement des hôpitaux ? Mercredi 14 avril, le pays a détecté plus de 200 000 nouveaux cas de contamination en une journée, un score jamais atteint dans le monde, même en Inde où, au pic de la première vague épidémique, en septembre 2020, les chiffres étaient deux fois moins élevés.
Augmentation fulgurante
D'une semaine à l'autre, l'augmentation est fulgurante. Mais si l'Inde se place désormais devant le Brésil en nombre de cas (14 millions), elle n'est que 65ème si l'on rapporte le nombre de cas à sa population (1,38 milliard d'habitants), avec 145 nouvelles contaminations par million d'habitants chaque jour, selon le site Our World in Data. La France, elle, est 7ème, avec 638 contaminations quotidiennes par million d'habitants, le Brésil 31ème et les Etats-Unis 51ème.
L'origine de cette envolée ? Il pourrait provenir d'une nouvelle forme du virus, particulièrement dangereuse. Le Centre national du contrôle des maladies (NCDC) a décelé sa présence dans 206 échantillons prélevés depuis quatre mois dans l'Etat du Maharashtra, essentiellement dans la ville de Nagpur. Cette région affiche les pires statistiques de contagion de toute l'Inde, parce que les tests y sont pratiqués dans des proportions bien supérieures qu'ailleurs dans le pays. "Nous observons une tendance à la propagation d'un variant "double mutant" en milieu urbain au Maharashtra", a confirmé, le 14 avril, le directeur de cet établissement, qui dépend du ministère de la santé, Sujeet Kumar Singh. D'après les premiers séquençages du génome du virus, cette nouvelle menace virale représenterait "plus de 60 % des contaminations" en Inde. Mais d'où vient-il ?
Mutant venu d'ailleurs
Décelé pour la première fois en Inde le 7 décembre 2020, ce "double mutant" viendrait de l'étranger, affirme à L'Express l'épidémiologiste Kolli Srinath Reddy, président de la Fondation de santé publique de l'Inde (PHFI) : "Baptisé B.1.617, il est déjà présent dans d'autres pays - Etats-Unis, Afrique du Sud, Singapour, Australie, Royaume-Uni et Allemagne, précise-t-il. Il résulte de la combinaison de deux variants, le E484Q, très similaire au variant brésilien et sud-africain, et le L452R, identifié initialement en Californie."
Pour cet expert, il est toutefois "beaucoup trop tôt" pour affirmer que ce "double mutant" est la cause du regain d'épidémie au Maharashtra : "Il semble plus actif que le coronavirus initial, mais on ignore encore son taux de pénétration, dit-il. Dans la capitale (New Delhi) ou au Pendjab, dans le nord du pays, c'est le mutant britannique qui domine."
Et qu'en est-il de sa dangerosité ? "Il est très contagieux, mais son effet sur la mortalité n'a pas encore été prouvé de façon précise. Quant à savoir s'il résiste aux vaccins, personne ne le sait, les études sont en cours." Kolli Srinath Reddy ne nie pas le rôle des variants dans la deuxième vague indienne, mais ils n'expliquent, selon lui, "qu'une partie de la situation". La principale raison de la flambée actuelle vient du comportement de la population.
Une classe politique irresponsable
"Cet hiver, les Indiens ont cru que l'immunité collective était atteinte et que l'épidémie était terminée, tous les réflexes de protection ont été oubliés", affirme-t-il. Des élections municipales ont eu lieu, les équipes de cricket ont organisé des tournois, les tournages de films ont redémarré à Bollywood... Et l'attitude des responsables politiques n'a pas aidé. Alors que la communauté musulmane avait été clouée au pilori il y a un an, lorsqu'un cluster de Covid-19 avait été découvert dans le sanctuaire soufi de Nizamuddin, à New Delhi, les hindous ont, cette semaine, été autorisés à s'immerger par millions dans le Gange, pour la fête de la Kumbh Mela, aux cohues légendaires.
Deux poids, deux mesures, jusqu'au sommet de l'Etat. Tout en contraignant ses collaborateurs et ses visiteurs à plusieurs tests par jour, le Premier ministre, Narendra Modi, qui a reçu ses deux doses vaccinales, rassemble actuellement des dizaines de milliers de partisans dans ses meetings politiques au Bengale, où se tiennent des élections régionales.
